Vincent Solheid détourne l’image du Christ dans sa nouvelle exposition « Angles Morts »

Enfant de chœur dans un petit village des Ardennes dans les années 70, Vincent Solheid a une fascination : l’imagerie religieuse. Et un objet fétiche : le Christ en croix. Pas la figure solennelle de l’homme mort pour nos péchés, mais la figurine en plastique produite par millions. Avec cette question : " Est-ce vraiment là qu’on trouve l’amour de Dieu ? " *  

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Vincent Solheid avec son oeuvre Confessionnal, Recto, Côté Confessé - 2020 © Nardone
Le Christ descend en parachute-ciboire au-dessus de la tête de Vincent Solheid © Nardone

Merci petit Jésus

Dès l'entrée dans la Galerie Nardone, le Christ en croix nous tombe du ciel... en parachute-ciboire doré. Le ton est donné. Plus loin une boite à musique fait tournoyer Marie-Madeleine et Jésus dans une "dernière danse" jouissive. Artiste protéiforme, plasticien-acteur-réalisateur-musicien, Vincent Solheid est un éternel bricoleur. Il est comme un enfant s'inventant des histoires avec son jouet préféré. Un enfant de coeur aussi qui déclare sincèrement aimer ce que représente le Christ.   

Jésus devait être un très chouette gars! Il parlait constamment d'amour autour de lui, il était ami avec les prostituées et des personnes en tout genre **

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Tir à Pipe, 2019 - Vincent Solheid © Nardone

Qui aime bien châtie bien

L'humour, la dérision, les glissements de sens sont les outils du discours du plasticien. Grand amateur de cyclisme, Vincent Solheid peut transformer le Christ en vainqueur d'étape.  Peut-on y voir une critique de la lutte d'influence que se livrent les religions ? Aujourd'hui comme hier. En Afrique et ailleurs... Et, effectivement, le christianisme est sur la première marche du podium avec 33% de la population mondiale***.

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La dernière Etape, 2020 - Vincent Solheid © Nicolas Bomal

Dévoiler les "angles morts" de l'église catholique 

Dans cette nouvelle exposition, titrée Angles morts, Vincent Solheid se montre d'une virulence frontale à l'égard des scandales qui ont secoué l'église catholique ces dernières années. A commencer par les actes pédophiles, avec une oeuvre malaisante, un confessionnal pour voyeur dont on ne dévoilera pas ici ce qui se déroule du côté "confesseur". Entre humour trash et écoeurement. Solheid s'en prend à Monseigneur Williamson, évêque négationniste britannique et rajoute -entre l'étole et le cockring- un flacon de poppers dans le petit matériel de l’ancien évêque de Bruges, Roger Vangheluwe qui a avoué avoir abusé d’un neveu en 2010. Le père Preynat et Monseigneur Barbarin ne sont pas oubliés. 

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Poppers, 2020 - Vincent Solheid © Tous droits réservés

Et tout à coup, le Tabernacle Acidulé présenté au début de l'exposition prend une toute autre dimension. Taguée IHS, le monogramme qui représente le nom de Jésus, l'hostie est comme ce bonbon: jolie à l'extérieur, attirante, pop... et acide à l'intérieur.

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Tabernacle Acidulé, 2020 - Vincent Solheid © Nardone

Soigner le corps du Christ

Solheid peut se montrer solennel. A la manière des icônes byzantines, il isole son sujet, une hostie maculée du sang du Christ et suturée avec du fil chirurgical, sur un fond à la feuille d’or, symbole du Royaume de Dieu. L'artiste tente de soigner ce corps du Christ à nouveau meurtri par les scandales et les errements de l'église. Vincent Solheid  tente de soigner la blessure, mais restera la cicatrice…

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Le Corps Du Christ, 2020 - Vincent Solheid © Nicolas Bomal

Au final, l'expo Angles Morts nous montre un artiste moins drôle qu'il n'y paraît, ludique mais saisissant dans ses détournements et d'une grande efficacité esthétique. Au-delà du jeu, celui qui barbouille au bic des pages de bréviaire, semble se démener avec l'innocence perdue de la foi des enfants de choeur.   

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série Orval, "Vèpres, bénédiction finale" - Vincent Solheid © Tous droits réservés
série Orval - "Vigiles, deuxième nocturne", 2020 - Vincent Solheid © Tous droits réservés

Infos pratiques

Vincent Solheid - Angles Morts  

09 octobre - 14 novembre

Galerie Nardone

27-29 rue Saint-Georges - 1050 Bxl

A l'occasion de l'exposition, la Galerie Nardone édite IHS, un livre d'art accompagné des textes d'Emmanuel d'Autreppe. Un sacré cadeau de Noël...

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* cathobel.be - 2020

** in Le Vif- 2013

* * *chiffres 2015 - Atlas du monde global –ed. Armand Colin 

 

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Confessionnal. Recto. Côté Confessé, 2020 - Vincent Solheid © Nicolas Bomal