Vert, noir ou blanc, les mystères du Jade au Musée Guimet

Des dragons, des ours, des grues, des daims, des tortues réalisés sous différentes dynasties jalonnent l'exposition, qui rassemble quelque 330 pièces
Des dragons, des ours, des grues, des daims, des tortues réalisés sous différentes dynasties jalonnent l'exposition, qui rassemble quelque 330 pièces - © CHRISTOPHE ARCHAMBAULT/AFP

Vert mais aussi noir et blanc, des boîtes impériales sculptées aux bijoux de Cartier, l'exposition "Jade, des empereurs à l'Art Déco" au Musée Guimet à Paris ne cesse de surprendre et de révéler les mystères et la sensualité de cette pierre.

"Quand un sculpteur taille une pierre de jade, il ne va pas y projeter une forme, il va au contraire essayer d'en faire sortir la forme qui, naturellement, y est enclose. La pierre, émanation de la nature, recèle déjà une image", prévient d'emblée Sophie Makariou, présidente du Musée national des arts asiatiques-Guimet (MNAAG) et commissaire générale de l'exposition (du 19 octobre au 16 janvier 2017). 

Pour illustrer cette prédominance de la pierre sur le sujet, le visiteur pourra admirer dès le début de la visite une sculpture chinoise en jade polychrome montrant des mineurs portant du jade en passant sous des arbres bruns, signe de l'automne et de la couleur changeante de la pierre.

Réalisée sous la dynastie Qing lors du règne de l'empereur Qianlong (1736-1795), cette pièce fait partie de la centaine d'oeuvres prêtées exceptionnellement par le Musée national du Palais de Taipei (Taiwan).

Des dragons, des ours, des grues, des daims, des tortues réalisés sous différentes dynasties jalonnent l'exposition, qui rassemble quelque 330 pièces. "Des objets qui exaltent le rapport avec la nature", dit encore la directrice.

D'abord déménagées de la Cité Interdite de Pékin vers le sud de la Chine pour les mettre à l'abri de l'invasion japonaise, les oeuvres ont été transportées par le Kuomintang dans l'île pour les "protéger" des communistes en train de gagner le pouvoir.

La plupart des autres pièces proviennent du musée chinois de l'Impératrice Eugénie à Fontainebleau.

"Le plus rare, celui qui n'a aucune veine, est le jade blanc", révèle Sophie Makariou, même si la fameuse pierre passe par toutes les nuances de vert jusqu'au noir, comme en témoigne une boîte ornée de dragons sculptés, toujours réalisée sous le règne de Qianlong.

Fierté de la commissaire générale, "une des pièces maitresses de l'exposition" est un coffret de jade blanc qui renferme un livre de jade racontant le dernier rituel rendu par un empereur chinois au ciel et à la terre", exécuté en 1008 sous le règne de l'empereur Zhenzong de la dynastie Song du Nord.

Chaude et douce

Travaillé dès le néolithique (4.000 avant J-C), avant l'invention de l'écriture, il sert de matériau pour les rituels funéraires et dans le culte des ancêtres.

Le jade a aussi été aussi convoité par tous les souverains de l'Asie occidentale, du monde islamique, de l'Asie centrale, en Iran, en Inde et en Turquie: des pièces du XVe en attestent.

Ces oeuvres ont tellement fasciné les cours européennes qu'elles sont rentrées dans les collections royales françaises. Des pièces de Louis XV et Louis XIV y sont également exposées.

Recherchés par l'Impératrice Eugénie, ces objets rassemblés au musée chinois de Fontainebleau vont susciter l'intérêt des créateurs de l'Art Déco.

Le joailler Louis-François Cartier va monter avec des pierres anciennes des parures, des broches en forme de dragon aux yeux en diamants,  des colliers, comme celui commandé par la richissime et dispendieuse Barbara Hutton, ainsi que de nombreux pendules en forme d'éléphant ou de poisson.

Si "c'est une pierre dure et très compacte, compliquée à tailler", elle a aussi "un toucher très particulier, c'est une pierre chaude, douce, signe de l'honnêteté, de la bonté et de la sincérité, à tel point que pour Confucius elle incarnait +toutes les vertus des hommes+", s'enthousiasme la commissaire.

Mais le visiteur, surveillé de près, n'aura pas le plaisir de le ressentir et de l'apprécier.