Vers une culture plus écologique ?

L'artiste islandais danois Olafur Eliasson avait installé des blocs de glace provenant du Groenland dans plusieurs capitales pour alerter le public sur le réchauffement climatique.
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L'artiste islandais danois Olafur Eliasson avait installé des blocs de glace provenant du Groenland dans plusieurs capitales pour alerter le public sur le réchauffement climatique. - © ERIC FEFERBERG - AFP

L’heure est au changement pour le milieu de l’art. Alors que les enjeux du changement climatique sont devenus un thème majeur de nombreuses créations artistiques, les milieux culturels s’interrogent sur leur impact environnemental.

Parmi eux se trouve la Gallery Climate Coalition, une nouvelle organisation qui souhaite que le monde de l’art réduise son empreinte carbone de 50% au cours des dix prochaines années. Elle fédère des galeristes londoniens et autres professionnels culturels qui militent pour que les milieux culturels s’inscrivent, eux aussi, dans une démarche plus respectueuse de la planète. Expositions blockbuster, normes de conservation gourmandes en énergie, prêt d’œuvres entre musées… Le bilan carbone de la culture grimpe rapidement en flèche.

Celui de la galerie Thomas Dane s’élevait à 215,798 kg de CO2 pour l’année 2018-2019. Un chiffre impressionnant dû, en grande partie, au transport des œuvres d’art et aux voyages d’affaires entrepris par le personnel de la galerie. En comparaison, l’empreinte carbone de Kate McGarry Gallery représentait 23,959 kg de CO2 à la même période.

Ces exemples sont loin d’être des cas isolés, selon la Gallery Climate Coalition. L’organisation a ainsi créé une calculatrice qui permet à ses membres d’obtenir une estimation de la quantité de CO2 qu’ils contribuent à rejeter dans l’atmosphère avec leurs activités. Ils peuvent notamment y indiquer des paramètres tels que leurs modalités de transport, l’énergie utilisée pour leurs différents espaces, ainsi que la quantité de papier dont ils se servent pour imprimer des catalogues et autres brochures promotionnelles.

Le site web de la Gallery Climate Coalition contient également des ressources en ligne autour de potentielles sources d’émission carbone des institutions culturelles, afin qu’il devienne "une plateforme de discussion et de débat sur un éventail de questions liées à l’environnement et au changement climatique, et à leurs conséquences sociales et économiques plus larges".

De nombreux musées internationaux se sont récemment engagés à mettre en place des initiatives pour permettre à la culture de devenir véritablement éco-responsable. C’est le cas du musée Horniman de Londres, qui souhaite, entre autres, atteindre la neutralité carbone d’ici 2040.

"Nous pensons que le Horniman a l’obligation morale et éthique d’agir maintenant. En tant qu’institution très appréciée et digne de confiance, et seul musée de Londres où nature et culture peuvent être vues ensemble, nous estimons avoir une occasion et une responsabilité uniques d’utiliser nos collections, nos espaces intérieurs et extérieurs, ainsi que notre relation avec nos visiteurs, pour créer un mouvement en faveur d’un changement environnemental positif", a déclaré Nick Merriman, directeur général du Horniman, dans un communiqué.

Une prise de conscience écologique à double vitesse

La culture est-elle en train de faire sa transition écologique ? Si le milieu de l’art semble participer à une prise de conscience collective face au réchauffement climatique, il ne semble pas avoir encore réussi à dépasser les paradoxes liés à la production de manifestations culturelles blockbuster.

Afin d’alerter les Londoniens sur le réchauffement climatique, l’artiste Olafur Eliasson a exposé en décembre 2018 des blocs de glace issus des eaux du fjord Nuuk au Groenland dans la capitale anglaise. Une installation coup-de-poing, intitulée Ice Watch, qui a généré… plus de 55 tonnes de CO2, selon un rapport de l’association Julie’s Bicycle.
 

"Le coût du carbone pour apporter les trente blocs de glace équivaut approximativement au transport en avion de deux classes d’école (52 élèves) de Londres au Groenland pour assister à la fonte de la calotte glaciaire du Groenland", a expliqué l’association à but non lucratif.

L’artiste islando-danois a toutefois annoncé avoir fait une donation au Woodland Trust, la plus grande organisation caritative britannique de protection des forêts, pour compenser l’empreinte carbone de Ice Watch.