Van Gogh, Mondrian... Quand Paris fascinait les peintres hollandais

Van Gogh, Mondrian... Quand Paris fascinait les peintres hollandais
Van Gogh, Mondrian... Quand Paris fascinait les peintres hollandais - © mikka_sole - Getty Images/iStockphoto

Sheffer, Maris, Breitner: ces peintres hollandais peu connus ont fait partie, comme Van Gogh ou Mondrian, des centaines de créateurs des Pays-Bas qui ont fait le voyage à Paris entre 1789 et 1914, attirés par le bouillonnement artistique de la ville.

Autant d'influences croisées que tente de restituer une exposition du musée du Petit Palais (jusqu'au 18 mai) à travers neuf personnalités d'artistes, très différents, du délicat peintre de fleurs Gérard Van Spaendonck, fin XVIIIe, à l'austère Piet Mondrian, à la veille de la Première Guerre mondiale.

Entre ces deux extrêmes, on peut découvrir le très influent Ary Sheffer, le bohème précurseur Johan Jongkind, le disciple de l'Ecole de Barbizon Jacob Maris, le peintre à succès Frederik Andrik Kaemmerer, ou le remarquable George Hendrik Breitner, inspiré par Degas.

"Le sujet central de l'exposition, c'est de montrer comment la peinture hollandaise, qui était florissante au XVIIe siècle à l'Age d'or, s'est un peu éteinte au XVIIIe", explique Christophe Leribault, directeur du Petit Palais.

"Elle va se réveiller grâce à l'installation à Paris de ces artistes qui vont bénéficier des Salons, de l'Ecole des Beaux-Arts, d'ateliers, de musées comme le Louvre ou le musée du Luxembourg, qui est alors un musée d'art moderne", ajoute Christophe Leribault, également un des commissaires de l'exposition, réalisée en collaboration avec le Van Gogh Museum et l'Institut néerlandais d'Histoire de l'Art.

Il y a alors également à Paris un commerce d'art extrêmement dynamique avec des galeries, des expositions, des ventes publiques, des collectionneurs.... "En fait , le réveil de la peinture hollandaise ne pouvait se faire qu'à Paris", estime le directeur du Petit Palais.

Un peintre sur cinq
Sur la période allant de la Révolution française au premier conflit mondial, 1.136 artistes néerlandais (dont 6% de femmes), soit environ un cinquième des artistes recensés au Pays-Bas, se rendent en France pour un séjour de plus de six mois. Leur âge moyen est de 28 ans et la durée moyenne de leur séjour de six ans et demi. Sur la même période, 450 sont allés en Allemagne et 351 en Italie.

Certains s'implantent durablement dans la capitale française, et parfois deviennent comme Ary Sheffer l'un des artistes les plus influents et les plus célèbres de son temps. Son atelier, devenu le Musée de la vie romantique, accueille Delacroix et Ingres, mais aussi Chopin, Listz, Lamartine ou George Sand.

Peintre romantique, son "Paolo et Francesca", inspiré de Dante, est un des tableaux les plus connus à l'époque. Sheffer s'imprègne de l'oeuvre de Géricault, comme le montre l'esquisse des "Femmes souliotes", un grand tableau d'histoire (la révolte de la Grèce contre les Turcs), aujourd'hui au Louvre. Il a été le professeur de dessin des enfants du futur Louis Philippe. Mais ce n'est pas un simple artiste officiel et il profitera de son influence pour soutenir de jeunes peintres de l'Ecole de Barbizon.

Le mouvement de retour au paysage symbolisé par les artistes de Barbizon (Millet, Rousseau, Daubigny), vers le milieu du XIXe, va séduire un autre Néerlandais, Jacob Maris. Ses vues de la forêt de Fontainebleau vont inspirer toute une génération de peintres hollandais de paysages regroupés dans ce qu'on a appelé l'Ecole de La Haye.

Très célèbre dans son pays mais peu connu en France, George Hendrik Breitner n'a, lui, séjourné que quelques mois à Paris, mais son art en a été transformé: il peint des scènes de rue d'Amsterdam qu'on croirait dans les café-concerts parisiens, des danseuses inspirées de Degas et des nus expressionnistes qui vont surprendre ses compatriotes.

Le choc parisien sera également décisif pour Van Gogh qui découvre à Paris l'expressionnisme et l'impressionnisme et devient un artiste d'avant-garde. Comme pour Van Dongen, dont la première manière ("Le Moulin de la Galette", "le Bal Tabarin) a influencé Picasso.