Valerie Snobeck, Use Period

Valerie Snobeck
7 images
Valerie Snobeck - © Galerie Catherine Bastide

Valerie Snobeck est une jeune artiste de 33 ans, vivant à New-york et son travail fascine tant dans sa réalisation que dans sa conceptualisation. Ses œuvres occupent la galerie Catherine Bastide, à Bruxelles, jusqu’au 21 décembre.

Posé dans un coin de la galerie, le livre DOCUMERIA, datant des années 70 et projeté par l’agence de protection de l’environnement américaine. La photo de couverture provient d’un autre ouvrage – The scallop : Studies of a shell and its Influences on Humankind – publié en 1957 et initialement offert aux actionnaires de l’entreprise pétrolière Shell. Ce livre est posé dans la galerie, non pour être feuilleté mais parce que ses images servent de base à la réalisation de ses œuvres et, en même temps, Valerie Snobeck n’aime pas ou ne souhaite pas qu’on le feuillette.

 

D’ailleurs, ces images sont elles vraiment la base de son œuvre ou l’ensemble du processus de création est tellement emmêlé que rien ne peut se prévaloir du reste ?

Des photos de fleurs, un peu bucoliques ou de coquillages, issues effectivement de cet ouvrage, apposées sur un miroir dont on a gratté la peinture miroir, irrégulièrement. Les photos sont reproduites sur des films plastiques dont elle enlève la pellicule brillante, ne gardant que l’image mate. Le cadre est colorié à l’indélébile noir et le tout emballé de bâche de protection, utilisée sur des chantiers lors de rénovations. Les bâches proviennent de vrais chantiers, elles ont été soit récupérées des déchets soit dérobées. Leur origine participant à son tour, à la construction finale de l’œuvre. A cela s’ajoute des morceaux de bois.

Un processus à la fois extrêmement pensé, construit, un peu tordu et fondamentalement, cohérent. Valerie Snobeck déstructure le matériau et exprime la genèse de son travail, en se concentrant sur ce point. Elle aime l’idée de partir du matériau, de ce qu’elle ramasse.

 

Réticente à une trop grande interprétation de son travail.

 

Et pourtant, quelle symbolique que de regarder au travers du miroir, d’en laisser des traces de peintures afin de traiter cette idée visuellement et pas que conceptuellement. Colorier les cadres à l’indélébile noir ou procéder de même sur ces assiettes - désormais devenues des collectors – distribuées par les supermarchés lors de la grande crise.

Le naturellement éphémère se confronte à l’artificiellement indélébile, le produit de masse devenu une rareté, se servir d’image écologique issue d’une production commandée par une société pétrolière, intégrer les déchets, sans les dénaturer, à l’œuvre…plus que les oppositions, les contradictions, tout apparaît lié. Tellement lié.

On regarde ses œuvres et ce n’est pas spectaculaire. C’est interpelant, interrogeant. On s’y attaque par couche, se demandant où cela nous mènera insidieusement. Comme une spirale. Le questionnement est passionnant et la beauté sourde, fragile et forte à la fois de son travail, s’installe. Révélant tant sa délicatesse que sa violence.

 

Stéphanie Etienne

En pratique

Valerie Snobeck - "Use Period" - jusqu'au 21 décembre

Galerie Catherine Bastide - Rue Vandenbranden 1 - 1000 Bruxelles