Université, musée, théâtre... A chacun son Mai 68

Mai 68 fête ses 50 ans.
Mai 68 fête ses 50 ans. - © AFP

Revisiter Mai 68 ensemble mais chacune à sa manière: neuf institutions culturelles ont annoncé jeudi leur programmation à l'occasion du cinquantième anniversaire des "événements".

Les Amandiers à Nanterre, le Palais de Tokyo, la Cité de l'architecture et du Patrimoine, Beaux-Arts de Paris, le Centre Pompidou, l'Université Paris Nanterre, les Archives nationales, la Bibliothèque nationale de France et la Cinémathèque se sont associés "autour d'une communication commune".

Un site dédié fédère leurs programmes mais au delà de cette coordination, chacun a mené sa propre réflexion.

L'Université de Nanterre, d'où est partie la révolte étudiante, commencera dès jeudi prochain son hommage en offrant les murs du campus à huit jeunes artistes du street art. Ils ont été invités à interpréter des oeuvres phare du Louvre comme "La Liberté guidant le peuple", la célèbre toile d'Eugène Delacroix.

L'histoire de Mai 68 "fait partie de l'identité de l'université", a souligné jeudi son président, Jean-François Balaudé, au cours d'une conférence de presse organisée au Centre Pompidou.

"Nous ne voulions pas que ce cinquantenaire soit une célébration, encore moins une commémoration", a-t-il ajouté, en soulignant que le programme choisi fera la part belle à "l'esprit critique" qui l'anime.

Le 22 mars (jour anniversaire de la naissance du "mouvement des enragés") sera l'occasion de célébrer (sans Dany Cohn-Bendit) le "printemps des utopies et des libertés". Des manifestations sont prévues jusqu'en octobre.

Le Centre dramatique national de Nanterre va mettre en place, d'avril à mai, un programme baptisé "Mondes Possibles" avec des "créations artistiques dont le point commun est de défricher des territoires utopiques", a expliqué son directeur Philippe Quesne.

La militante noire américaine Angela Davis donnera une conférence le 3 mai et le metteur en scène Gwenaël Morin  proposera le 26 mai une création inspirée par le spectacle "Paradise Now" du Living Theater, catalyseur de la contestation au Festival d'Avignon en 1968.  

Au Palais de Tokyo, temple de l'art contemporain à Paris, carte blanche au graffeur Escif invité à "déployer à l'arrière du bâtiment une peinture monumentale sur laquelle il va reproduire les écritures qui accompagnaient les révoltes étudiantes et les graffitis tracés par les visiteurs dans les toilettes du Palais".

Plus classiques, les autres intervenants proposeront expositions et colloques : la fin du système des Beaux-Arts à la Cité de l'architecture & du patrimoine, "la culture visuelle de l'extrême gauche" aux Beaux-Arts de Paris, "les mondes de 68" au Centre Pompidou, les "icônes de Mai 68" à la BnF

La Cinémathèque permettra de voir ou revoir de nombreux films documentaires, notamment ceux de Chris Marker mais aussi les films de la première Quinzaine des réalisateurs à Paris en mai 1969. Créée en marge du Festival de Cannes après les événements, elle est restée dans les annales, avec plus de 60 films, comme un des événements les plus foutraques de l'histoire du cinéma.

Mais la palme de l'originalité revient aux Archives nationales, qui présenteront, de mai à septembre, une exposition montrant les événements vus de l'autre côté de la barricade avec des documents, souvent inédits provenant de la préfecture de police ou du pouvoir exécutif.