Une statue censée symboliser #metoo crée la polémique

Inaugurée la semaine passée sur un square new-yorkais, la sculpture représentant la gorgone Méduse, figure de la mythologie grecque, et tenant la tête tranchée du héros Persée, a déjà fait parler d’elle. On reproche notamment à son auteur sa vision irréaliste du corps féminin.

La statue s’intitule "Méduse avec la tête de Persée", et Luciano Garbati l’a créée en 2008 déjà. La version installée à Manhattan a été érigée pour honorer le mouvement #metoo qui a mis en lumière les violences sexuelles subies par des milliers de femmes à travers le monde. Et New-York est un lieu spécial dans l’histoire du mouvement, puisque c’est la ville d’origine de Harvey Weinstein, où il a commis plusieurs de ses crimes sexuels, mais a aussi été jugé. C’est d’ailleurs juste en face du tribunal où a eu lieu le procès que se tient l’œuvre.

Inversion de la mythologique grecque

Garbati s’est inspiré d’une statue de la Renaissance italienne, "Persée tenant la tête de Méduse", et a inversé son propos, en inversant ainsi le mythe. Tout le monde connaît l’histoire de Méduse, monstre à la tête couverte de serpents, qui change en pierre tous les hommes osant croiser son regard. Avec ruse, Persée parvient à lui trancher la tête sans la regarder. Mais ce qu’on connaît moins, c’est la première partie du mythe. Car avant d’être une créature affreuse, Méduse était une femme, violée par le dieu Poséidon à l’intérieur du temple d’Athéna. Cette dernière, furieuse que son temple ait été souillé, la transforme en la créature monstrueuse que l’on connaît. Méduse est donc bien plus une victime qu’une bête meurtrière.

Et c’est bien cela qu’a voulu montrer le sculpteur, en faisant tenir au personnage mythologique la tête de l’un de ses bourreaux. La victime reprendrait ainsi le contrôle de son destin. Cette Méduse serait, selon son auteur, un symbole du féminisme.

4 images
Une statue censée symboliser #metoo crée la polémique © Michael M. Santiago - AFP

Une œuvre critiquée

Mais depuis qu’elle est installée, la sculpture fait beaucoup parler d’elle. Les reproches fusent, et le premier d’entre eux porte sur la nudité. Car Méduse est représentée entièrement nue, sans raison apparente. Or, dans le domaine artistique, cette nudité pose problème. Une grande partie des représentations féminines sont nues, étant plus des objets du désir masculin que des sujets en tant que tels.

Qui plus est, le sexe de la statue est à peine visible, presque effacé. Son corps ressemble plus à celui d’une femme sortie d’une publicité qu’à une représentation réaliste. Les critiques soulignent donc qu’une fois de plus, l’œuvre correspond à un fantasme masculin plutôt qu’à la réalité. Pour une statue qui se veut féministe, voilà qui est plutôt gênant.

"J’ai réalisé ce matin que Méduse avec la tête de Persée me dérange à cause de son manque de parties génitales. Une façon de montrer comment les femmes n’ont *pas* atteint la parité avec les hommes. La statue inverse montre le pénis de Persée, pas de problème, mais le sexe d’une femme--TOUJOURS TROP EFFRAYANT."

L’image du féminisme donné par la sculpture, pose aussi problème. La femme qui a connu des violences n’y répond que de manière violente. Elle s’est fait justice toute seule, et ce n’est même pas son violeur qui est puni. Les féministes ne seraient donc que des femmes agressives, revanchardes, cherchant à éliminer les hommes ? Pas certain que la majorité d’entre elles apprécie la comparaison.

Enfin, l’artiste en lui-même est remis en question : pourquoi, alors que nombre de femmes artistes se battent pour que leur travail soit valorisé, avoir privilégié un artiste masculin ?

Luciano Garbati n’a pas encore répondu aux critiques. Se disant fervent allié de la cause féministe, il a mis en vente sur internet des répliques de sa Méduse, et reversera entièrement les gains à l’association Time’s Up qui lutte contre le harcèlement et les violences faites aux femmes.