Un Viollet-le-Duc romantique et visionnaire à la Cité de l'architecture, à Paris

ffiche de l'exposition : "Viollet-le-Duc, les visions d'un architecte" à la Cité de l'architecture et du patrimoine jusqu'au lundi 9 mars 2015
ffiche de l'exposition : "Viollet-le-Duc, les visions d'un architecte" à la Cité de l'architecture et du patrimoine jusqu'au lundi 9 mars 2015 - © ©Centre des monuments nationaux/ Philippe Berthé photographe/ CAPA/Conception Guillaume Lebigre/Keva Epale, 2014

Loin des polémiques autour de Viollet-le-Duc et de ses restaurations architecturales controversées, une exposition à la Cité de l'Architecture et du Patrimoine donne l'image d'un artiste romantique et visionnaire.

L'exposition, organisée à l'occasion du bicentenaire de sa naissance et ouverte jusqu'au 9 mars 2015, entend montrer l'oeuvre complet du créateur sans entrer plus avant dans les débats qui ont entouré ses conceptions architecturales.

Polémique

Des remparts de Carcassonne à Notre-Dame de Paris ou au château de Pierrefonds, "chacun voit le patrimoine français à travers Viollet-le-Duc" (1814-1879), souligne Jean-Michel Leniaud, commissaire scientifique de l'exposition. En partie grâce à sa proximité avec le pouvoir (essentiellement Napoléon III), "il n'y a aucun grand patrimoine français qui ne soit passé par ses mains".

Ses conceptions ont suscité de fortes polémiques à l'instar de sa célèbre affirmation : "Restaurer un édifice, c'est le rétablir dans un état complet qui peut n'avoir jamais existé". Ce défenseur de l'architecture gothique, qu'il érige en modèle, est-il l'expression d'un mauvais goût nostalgique du passé ou a-t-il participé par ses conceptions à l'avènement de la modernité ?

Illuminations

La vie d'Eugène Viollet-le-Duc est rythmée par plusieurs "illuminations", la première survenant dès l'âge de trois ans lors d'une cérémonie à Notre-Dame de Paris, au point qu'il doit quitter la cathédrale. Selon son propre récit, ce même phénomène se reproduira lors de la visite du Colisée, puis de celle du château de Pierrefonds, mais aussi au Palais des Doges à Venise ou au théâtre antique de Taormine (Italie). "De ces éblouissements, il tire la suite de ce qu'il va faire", explique M. Leniaud.

Initiation

Viollet-le-Duc est un autodidacte, il n'a pas reçu de formation académique. Lors d'une série de voyages en France entre 1831 et 1835, il s'attache au pittoresque (Prosper Mérimée vient d'inventer le terme "couleur locale") ainsi qu'aux ambiances romantiques, à l'image de ses toiles "Le cloître du Mont-Saint-Michel, "Scène druidique" ou "Eclipse de lune".

Mais il envoie aussi des dessins de fêtes païennes ou de chasse pour les "Voyages romantiques et pittoresques dans l'ancienne France" (24 volumes).

Viollet-le-Duc prolonge sa formation avec le traditionnel périple en Italie. Il réalise de très nombreux dessins et peintures de sites antiques ("Le temple d'Hera "), parfois restitués comme l'impressionnante vue du théâtre de Taormine avec ses acteurs et ses spectateurs.

Nature

Les formes naturelles constituent une source d'inspiration majeure pour Viollet-le-Duc. Pendant ses voyages en France, il dessine de nombreux rochers et propose même une restitution du Mont-Blanc en cherchant à retrouver son état avant les érosions. A cette occasion, il s'intéresse à la cristallographie et à son application possible en architecture.

Viollet-le-Duc s'inspire du squelette de la chauve-souris pour ses structures en encorbellement et de la rotule chez l'homme et l'animal pour l'assemblage des poutres métalliques.

Mais ce précurseur de l'art nouveau est aussi le créateur d'une nature fantasmée. Fasciné par les animaux qui voient la nuit, comme le chat ou le grand duc, il crée des êtres mutants, invente des espèces imaginaires dont certaines viendront peupler les gargouilles des cathédrales restaurées.

Structure

L'idée de structure préoccupe très tôt Viollet-le-Duc. Devant le Palais des Doges, il se demande comment un plein peut reposer sur un vide. Il s'attache à comprendre le concept de structure porteuse, notamment dans les édifices gothiques. En avance sur son temps, il veut créer "une architecture de structure par opposition à une architecture de masse", explique M. Leniaud, concepteur de l'exposition avec Christine Lancestremère et Jean-Daniel Pariset sous la direction de Laurence de Finance.

Son système va trouver ses limites face aux ingénieurs des chemins de fer, formés à l'Ecole centrale. Mis en concurrence avec eux lors de la restauration de la tour de la cathédrale de Bayeux en 1852, c'est leur solution qui est finalement retenue.

 

AFP Relax News

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