Un Appolon de bronze de Pompéi dans le viseur de la campagne "Tous mécènes" du Louvre

Le Louvre a lancé mardi sa campagne annuelle "Tous mécènes", parrainé par l’animateur et photographe Nikos Aliagas, pour acquérir une délicate statue de bronze, "Appolon citharède" remarquablement conservée sous les cendres de l’éruption du Vésuve à Pompéi.

Il s’agit de la dixième campagne d’appel aux dons organisée par le plus grand musée du monde, conformément à sa politique d’acquisition qui vise à rendre accessibles au grand public des chefs-d’œuvre auparavant en mains privées.

Cette statue gracieuse, datée du 2e ou du 1er siècle avant JC, représente Appolon androgyne, avec des boucles tombant de chaque côté du cou. La divinité tenait de la main gauche une cithare qui a disparu.

Une urne et une borne de paiement sans contact installées au Louvre

Le Louvre pourra l’acquérir s’il réussit à rassembler 6,7 millions d’euros. L’œuvre est déclarée "trésor national" et les donateurs sont incités par des déductions fiscales. Plus de la moitié de la somme (3,5 millions d’euros) est déjà abondée par le mécénat de la Société des Amis du Louvre.

L’appel aux dons a pour objectif de collecter auprès du public 800.000 euros avant le 28 février.

Près de la vitrine où elle trône en majesté, à quelques mètres seulement de l’escalier conduisant à la Victoire de Samothrace, une urne et une borne de paiement sans contact ont été installées pour inciter les visiteurs à participer à la campagne, aussi accessible en ligne : donate.louvre.fr.

Nikos Aliagas, photographe de l'Appolon en question

Le Louvre a choisi un homme de télévision, Nikos Aliagas, également photographe, pour donner plus de publicité à cette campagne.

Il raconte avoir photographié l’Appolon d’abord avec crainte, "dans la pénombre".

"Cette œuvre a résisté à notre vanité, à nos guerres et à nos catastrophes naturelles, elle nous rappelle notre finitude. J’ai imaginé le souffle, et peut-être la souffrance du sculpteur, qu’il soit grec ou romain, qui a créé cet être androgyne, à la croisée des chemins dans sa féminité et dans sa masculinité".

Cette statue devait être l’objet d’un culte dans une villa de cette région de riches villégiatures, quand elle a disparu dans l’éruption de 79 après JC. Elle a perdu ses yeux incrustés et ses couleurs d’origine, mais son état de conservation est excellent.

Une statue qui a survécu aux nombreuses refontes des statues de métal

Elle a échappé à la refonte de nombreuses statues de Pompéi, refonte qui permettait d’en récupérer le métal. Elle était depuis près d’un siècle entre des mains privées.

Depuis 2010, les campagnes "Tous mécènes" ont été suivies par plus de 23.000 donateurs, qui selon Jean-Luc Martinez, président-directeur du Louvre, ont versé en moyenne 50 euros, 60% des contributeurs donnant plusieurs fois.

Elles ont permis par exemple de compléter les fonds pour l’acquisition des Trois Grâces de Lucas Cranach, le Livre d’Heures de François Premier, de parfaire la restauration de l’Arc du Carrousel ou de la Victoire de Samothrace, ou encore de reconstituer le Mastaba d’Akhethétep.