The Light House : la lumière est revenue à la Villa Empain

Consacrée aux artistes qui travaillent avec la lumière, The Light House, la nouvelle exposition de la Fondation Boghossian, a fermé ses portes le 2 novembre, confinement oblige, après 10 jours d’ouverture seulement. La revoilà en pleine lumière prolongée jusqu’au 18 avril.  

De sa naissance, libérée par le Big Bang il y a 13,8 milliards d’années à la généralisation des LED en passant par sa décomposition réalisée par Newton ou la chromothérapie en vogue au début du XXe siècle, la lumière nous est essentielle. Sa symbolique et ses usages sont renouvelés au cours du temps. L’exposition nous balade entre science, poésie, politique et spiritualité. Que la lumière soit !

10 images
Iván Navarro, No Dunking, 2006 © Andrea Anoni

The Light House : une rencontre avec la lumière   

Tout le monde sera d’accord pour dire que toute visite d’exposition est une expérience. Visuelle, intellectuelle, émotionnelle dans le meilleur des cas. The Light House est une expérience sensorielle. Une expérience sur la perception : de la lumière et de l’espace. Dans les œuvres immersives, la lumière est une membrane qui altère nos sens, nous pique aux yeux (Erwin Redl) ou nous hypnotise (James Turrell) et déstabilise notre corps.

10 images
Mounir Fatmi, Jusqu'à preuve du contraire, 2012 © Andrea Anoni

Et Dieu dans tout ça ?

D’emblée, le parcours de l’exposition nous confronte à la lumière divine ! La dimension mystique de la lumière traverse toute l’histoire de l’art occidental. Dans son travail, l’artiste marocain Mounir Fatmi s’attaque aux notions de dogmes et de pouvoir du religieux et du politique. Dans son installation intitulée Jusqu’à preuve du contraire, des versets de la sourate 24 du Coran, La Lumière, sont reproduits sur des tubes néons suspendus du plafond jusqu’au sol. Cette oeuvre est un piège que nous tend l’artiste. Pour signifier le caractère totalitaire de la religion. Le spectateur est forcé de se rapprocher des néons aveuglants pour lire les extraits de la sourate. Ceux-ci, d’autorité, sans que nous puissions rien y faire, vont se fixer un temps sur notre rétine. Ici, le piège fonctionne moyennement vu la lumière du jour dans la salle. On n’est pas vraiment aveuglé.

10 images
Mounir Fatmi, Jusqu'à preuve du contraire, 2012 © Andrea Anoni

Une autre expérience qui peut toucher au spirituel, laissé cette fois à la liberté de chacun, c’est la puissante œuvre immersive de James Turrell. L'artiste star travaille directement avec la lumière et l’espace pour créer des œuvres conçues comme des expériences sensorielles.

Aquarius, Medium Circle Glass est faite de lumière LED colorée qui évolue insensiblement et nous engage dans les limites de la perception. Attendez-vous à être happé par ce halo de lumière. Une expérience qui se mérite; en trente secondes vous ne ressentirez rien. James Turrell refuse qu’on photographie ses œuvres, ci-dessous une illustration du type de travail, tirée de son site officiel.

10 images
James Turell, Gathered-Light-2006 © James Turell
10 images
Erwin Redl, Fade Villa Empain, 2020 © Andrea Anoni

De la rétine au politique

Si l’autrichien Erwin Redl joue lui aussi avec notre rétine dans son installation Fade Villa Empain, ci-dessus, la lumière se fait aussi support d’un propos politique et social. Plusieurs œuvres déclinent ce thème dont Misbah de la palestinienne Mona Hatoum. Son œuvre, d’une grande puissance esthétique, évoque l’exil, la violence, le féminisme, la sexualité…Misbah (lanterne en arabe) consiste en une lanterne installée au centre d’une pièce sombre dont les découpes projettent des soldats armés et des étoiles qui suggèrent les explosions de bombes. Une œuvre oppressante qui met la lumière sur une réalité immuable.

10 images
Mona Hatoum, Misbah, 2006-07 © Mona Hatoum Courtesy Fondazione Querini Stampalia Onlus, Venice (Photo: Agostino Osio)

On peut être ébloui dans cette exposition The Light House, et en d’autres endroits, l’ombre révèle l’absence de lumière, le dark side qui menace. C’est le sentiment que peut procurer All Along the Watchtower qui consiste en l’ombre portée d’un mirador. L'œuvre de l’artiste tunisienne Nadia Kaabi-Linke. All Along the Watchtower est une critique de la société de surveillance qui plane discrètement au-dessus de nos têtes. Avec des éléments à peine visibles comme l’enregistrement de nos comportements sur les réseaux sociaux, la généralisation des caméras de surveillance ou aujourd’hui les applications de traçage.  

10 images
Nadia Kaabi-Linke, All Along the Watchtower, 2012 © Andrea Anoni

Lumière source d'énergie 

L'oeuvre la plus sensible de l'exposition est peut-être le repas de lumière, Lichtmahl, de la hongroise Róza El-Hassan. Dans l'obscurité rassurante d'une toute petite pièce, l'artiste a disposé des fruits et des légumes éclairés de l'intérieur. Des petites lampes sont intégrées dans la matière. Róza El-Hassan évoque ce qui constitue notre essentiel : la nourriture et la lumière. L'énergie qu'elles nous procurent. Au fil du temps de l'exposition, on constatera aussi la décomposition, la finitude du vivant par l’énergie qui se consume. Une oeuvre discrète, à découvrir comme un trésor et qui révèle l'obscurité comme un cocon rassurant. 

10 images
Róza El-Hassan, Lichtmahl, 1996 © Andrea Anoni

En pratique : 

Bien d'autres expériences vous attendent dans ce parcours de lumière. La Villa Empain est ouverte jusqu'à 18H... et une fois n'est pas coutume, la disparition du soleil peut être un atout pour la visite. 

The Light House

Fondation Boghossian - Villa Empain

Avenue Franklin Roosevelt, 67
B – 1050 Bruxelles

Jusqu’au 18 avril 2021
Du mardi au dimanche de 11 à 18 heures 

www.villaempain.com