Sur le toit du Met, un banquet insolite signé Villar Rojas

Sur le toit du Met, un banquet insolite signé Villar Rojas
Sur le toit du Met, un banquet insolite signé Villar Rojas - © ANGELA WEISS - AFP

Avec Central Park et les gratte-ciel pour toile de fond, le sculpteur argentin Adrian Villar Rojas a créé sur le toit du Met un étrange banquet, ressuscitant des dizaines d'objets du musée habituellement relégués derrière de quelconques vitrines.

Au coeur de sa mise en scène, qui a ouvert vendredi au public sur la terrasse du bar du Met: neuf tables blanches, chacune "dressée" par l'artiste en associant de multiples objets choisis dans les départements du plus vaste des musées new-yorkais, de l'Egypte antique aux arts d'Afrique et d'Océanie en passant par l'art médiéval.

Tous trouvent leur rôle dans ce banquet de plein air, utilisés de façon insolite par quelques figures modernes réunies pour l'occasion: comme les objets réalisés à partir de pièces du musée, les figures ont été fabriquées à partir de personnages réels, souvent des connaissances de l'artiste, qui ont été scannés, agrandis ou réduits, mis en forme par des imprimantes 3D et blanchis.

Intitulée "The Theater of Disappearance" ("Le Théâtre de la disparition"), la composition enchevêtre les époques, les civilisations, l'animé et l'inanimé, dans un exercice qui renvoie le musée à sa raison d'être.

"L'idée est précisément celle-là: qu'est ce qu'un musée aujourd'hui, quel est le sens d'un objet derrière une vitrine", explique Beatrice Galilee, commissaire de l'exposition.

Sur l'une des tables, un chevalier gisant est étreint par une jeune fille moderne, en baskets, sous le regard d'une loutre dressée.

Sur une autre, deux bras coupés tiennent une assiette, verre cassé et renversé à proximité, tandis qu'un personnage contemporain, baskets aux pieds et la tête enveloppée dans un grand châle, semble prêt à manger, dague et cruche sud-américaines posées sur la table.

Tableau vivant

"Les personnages activent des objets qui n'avaient pas été activés pendant parfois des milliers d'années - cette idée de l'activation a été une des choses qui a vraiment enthousiasmé l'artiste", ajoute Mme Galilee.

Le tableau est si vivant que les premiers visiteurs ce vendredi étaient souvent tentés de s'assoir sur les chaises blanches, qui semblent les inviter à participer au dîner.

Mais "les tables et les chaises sont des sculptures, il ne faut pas les toucher", répète-t-elle, reconnaissant que cette tentation crée "une tension".

Adrian Villar Rojas, né en 1980, est un habitué des oeuvres de grande taille, qui dit s'inspirer volontiers de la bande dessinée et de la musique grunge.

Pour ce projet, il s'est immergé dans l'histoire et les collections du musée, rencontrant commissaires, chercheurs, conservateurs d'objets et spécialistes de l'image.

Vendredi, il déambulait au milieu des visiteurs, caché derrière des lunettes de soleil. "Il est timide et ne veut pas parler", selon Mme Galilee.

Avec son jean et son gilet à capuche, il ressemblait aux personnages de son oeuvre, dans laquelle il s'est discrètement incarné via deux paires de bras coupés - une reproduction de ses propres bras.

L'exposition se prolonge jusqu'au 29 octobre et l'arrivée du mauvais temps. Le bar du Met a été redessiné pour se fondre dans le décor, jusqu'à la carte, qui inclut des cocktails choisis par l'artiste.