Rik Wouters, la fulgurance

Portrait de Rik (sans chapeau), 1911, huile sur toile, 30 x 32 cm, collection privée
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Portrait de Rik (sans chapeau), 1911, huile sur toile, 30 x 32 cm, collection privée - © photo Vincent Everarts Photographie, Bruxelles

Les Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique présentent une rétrospective de Rik Wouters (1882-1916). L’exposition organisée en partenariat avec le Musée des Beaux-Arts d’Anvers réunit jusqu'au 2 juillet 2017, deux cents œuvres, peintures, sculptures et dessins, prêtées par plus de trente musées, institutions et collectionneurs privés belges et étrangers.

Mort prématurément à l’âge de trente-trois ans, Rik Wouters fut victime des tranchées et d’un cancer de la mâchoire qui le dévorait. Il apparaît dans un autoportrait au bandeau noir, peint en 1915, le visage borgne, à la lisière de la mort. Figure de proue du fauvisme brabançon, Rik Wouters eut comme référence James Ensor et Paul Cézanne. Il peint au couteau dans des couleurs sombres ou dépose sur des cartons des couleurs claires. Il se crée une palette lumineuse après sa double découverte de l’œuvre de Cézanne, d’abord dans un livre aux illustrations reproduites en N/B, ensuite dans un contact direct avec l’œuvre dans une galerie parisienne. La couleur et la lumière envahissent son travail. La référence à Henri Matisse est aussi perceptible. La repasseuse (1912) qui immortalise Nel, la compagne et la muse, dans l’intimité domestique, compose un puzzle de couleurs réparties selon leur poids dans un équilibre parfait. La perspective classique héritée de la Renaissance n’est pas chamboulée, mais la couleur emporte le personnage et les éléments du décor domestique par l’aplat des couleurs sur un seul plan.

Le sculpteur Rik Wouters est moins moderne que le peintre. La sculpture dans l’héritage de Rodin joue avec les masses avec pesanteur. Une exception, la Vierge folle, un bronze de 1912, titré également la joie de vivre ou la danseuse folle est inspiré par une chorégraphie d’Isadora Duncan. Le personnage se hisse sur la pointe de l’orteil, ses bras sont tendus, en équerre. L’œuvre est une composition audacieuse ; elle constitue sans doute une exception dans son travail de sculpteur.

Comme tout sculpteur, Rik Wouters excellait aussi dans l’art du dessin et s’illustrait dans de multiples techniques.

Rik Wouters, fauché par la mort à l’âge de trente-trois ans ! Quel artiste serait-il devenu s’il avait traversé une bonne partie du 20e siècle ? L’on citerait son nom sans nécessairement se référer à d’autres créateurs de la modernité. Il serait un des plus grands fauves de l’histoire de l’art.

Frederik Leen, chef du département Art moderne, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, un des commissaires de l’exposition, est au micro de Pascal Goffaux.

Inga Rossi-Schrimpf, conservatrice dessins modernes, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, une des commissaires de l’exposition, est au micro de Pascal Goffaux.