Regenerate au Wiels fait tomber le masque sur notre vie d’après

Faisant le pari du renouveau après la catastrophe, les curatrices Zoë Gray et Helena Kritis ont réuni 20 artistes travaillant en Belgique dont elles ont sélectionné les œuvres récentes, crées pour la plupart pendant la pandémie de Covid-19. L'exposition Regenerate au Wiels nous offre une vision à la fois critique et joyeuse.

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La joie performée des vieilles dames indignes dans la video “Blood Sisters” d'Helen Anna Flanagan & Josefin Arnell - 2020 Courtesy the artist © Anna Flanagan & Josefin Arnell

Si l'on vous dit "l'après Covid ", à quoi pensez-vous ?

Relancer, repenser, réveiller, régénérer, reconstruire... En période de crise, les artistes sont souvent de bons baromètres. Regenerate qui occupe deux étages du Wiels s'articule suivant des thèmes et des affinités comme notre attention à la nature - devenue une porte de sortie anti-stress - l'accélération de la virtualité de la société, la phobie sécuritaire et la peur de l'Autre contaminateur potentiel, le mal-être psychique, la réactivation de l'imaginaire ou la conscience soudaine de l'essentiel : l'air que nous respirons, indispensable à la vie. Cecilia Bjartmar Hyltaa a concrétisé l'idée dans une installation d'airbags - qui restent gonflés - disséminés sur le sol. Lors d'un crash, l'airbag se dégonfle instantanément après le choc. L'artiste nous montre l'invisible et nous fait découvrir les airbags roses...

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Calculation of Incoherence, Cecilia Bjartmar Hylta - 2020 © Gert Jan van Rooij
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Mysterious boxes buried deep underground, Bram demunter - 2020 © Wiels
Moving House, Bram Demunter - 2019-2020 © timvanlaeregallery

Les oeuvres de 2020 de Bram Demunter, sous influence Covid, évoquent l'isolement avec ses habitations entre bulle et virus ("Mysterious boxes buried deep underground") et une nature à protéger -comme les hommes- avec ses "moving houses", arches de Noé de la crise climatique. 

Les insomnies de Sandrine Morgante

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Mélatonine-déprime 2 vert, Sandrine Morgante - 2020 © Sandrine Morgante

"La mélatonine[...] c'est soft", nous confie l'artiste, sujette aux insomnies depuis plusieurs années. Pour Regenerate, la plasticienne a tapissé les murs avec son journal d'insomnie, créé en période de confinement, avec les moyens du bord. Une contrainte qui s'est révélée être une libération. Les phrases sont récentes ou tirées d'enregistrements anciens (Sandrine Morgante s'enregistre lors de ses insomnies "pour parler à quelqu'un") et révèlent  les errances de l'esprit, les ruminations, le subconscient. Des états entre éveil et léthargie qui résonnent étrangement avec l'apathie qui s'insinue dans nos vies en quarantaine.

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ChronoDorm - Il est 4h, SAndrine Morgante - 2020 © Sandrine Morgante

Paradoxalement, le confinement a fait retrouver un meilleur sommeil à l'artiste libérée des contraintes de la vie active. Ce qui lui fait relier "le bien dormir" au "bien travailler", être productif et efficace. Et les slogans sur les boîtes de relaxant ("dormir sans interruption") sont vu par Sandrine Morgante comme des injonctions à être productif. Elle y réagit avec ses propres écrits, ceux d'un être complexe qui n'a pas "une seule vision, une seule pensée à la fois". Des mots qui vont "du cri au chuchotement".

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vue de l'installation de Sandrine Morgante pour Renegate au Wiels- mai 2021 © Xavier Ess - RTBF
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Places of articulations : five obstructions, installation video, Effi & Amir - 2020 © Xavier Ess - RTBF

Parler d'une seule voix

L'isolement forcé a réactivé la conscience d'un besoin essentiel : les autres et l'appartenance à une communauté. Effi Weiss et Amir Borenstein s'intéressent à la construction des identités collectives. Ils présentent une installation video plutôt glaçante "Places of articulations : five obstructions" autour de la voix comme marqueur de l'identité et check-point d'identification. Dans ces courtes video, on assiste, entre autres, aux exercices d'articulation d'une employée d'un call center tenue de perdre son accent étranger ou à la démonstration d'un logiciel de reconnaissance des langues, utilisé pour identifier les demandeurs d'asile. Dans une autre video, très touchante celle-là, une personne trans qui subit un massage du larynx prend conscience de cet organe, ce larynx à modeler pour lui donner sa juste voix, celle de son identité.

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Places of articulations : five obstructions, installation video, Effi & Amir - 2020 Courtesy the artist © Effi & Amir

Parmi les 20 artistes de l'exposition, Anna Flanagan & Josefin Arnell explosent les normes en faisant (sur)jouer des rituels de bizutage estudiantins aux vieilles dames ( illustration en début d'article), Eva L'Hoest, avec son avatar et ses corps scannés en 3D, interroge la technologie qui virtualise nos corps et Eitan Efrat & Sirah Foighel Brutmann évoquent le soin et l'énergétique des plantes.

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Image de la video “Meeting a flower halfway”, Eitan Efrat & Sirah Foighel Brutmann - 2021. Courtesy the artist © Eitan Efrat & Sirah Foighel Brutmann

L'intimité se révèle dans la lumière des photos de Camille Picquot. Quant aux Fitness Studies de Batsheva Ross, elles nous rappellent la joie du yoga d'avant. Sans masque, sans bulle et en présentiel.  

On ne pourra qu'être d'accord avec les deux curatrices pour qui ces oeuvres "sculptent notre imaginaire".

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Fitness Studies, Batsheva Ross - 2020 © Batsheva Ross
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Les images étranges et sensuelles de Camille Picquot - vue de l'installation - Wiels 2021 © Xavier Ess - RTBF

En pratique :

Regenerate

01.05 - 15.08.2021

WIELS

mardi > dimanche, 11:00-18:00

Avenue Van Volxem 354 - 1190 Bruxelles

www.wiels.org

 

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Shitsukan of Objects, Eva L’hoest - 2019 © Xavier Ess - RTBF
Shitsukan of Objects, Eva L’hoest - 2019 © Xavier Ess - RTBF