Qui a peur de l'"Homme gris"? Une exposition diabolique au Casino-Luxembourg

Alors que les voyages non essentiels sont à nouveau permis, l'exposition "L'Homme gris" - alias Satan - qui se tient actuellement au Casino-Luxembourg, le Forum d'Art contemporain de la capitale grand-ducale, a été prolongée jusqu'au 06 juin et accueille les visiteurs belges.

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Piss Satan, Andres Serrano, 2020 - Casino Luxembourg_L'homme gris © MIKE ZENARI

Une vingtaine d'artistes internationaux ont contribué à cette exposition qui s'articule autour de représentations non-archétypales du Diable dans l'art contemporain. Sous les traits ternes d'un homme gris, le diable est d'autant plus dangereux qu'on ne peut plus le reconnaître. Il est question ici de la banalité du mal, des stratégies de dissimulation et comment l'homme a complètement intériorisé ce côté diabolique. 

Petit tour de l'exposition suivant les propos du commissaire Benjamin Bianciotto : la représentation du diable est présente depuis le VIe siècle en Occident. Certains artistes aujourd’hui utilisent des représentations évidentes comme le masque du diable pour Sarah Charlesworth ou le Piss Satan d’Andres Serrano qui est le contrepied de son Piss Christ devenu une icône de l’art contemporain. D’autres, comme John Urho Kemp utilisent les symboles connus comme le pentagramme et le 666, mais en créé également de nouveaux. Jérôme Zonder dans étude pour le portrait de Pierre-François, traite de l’intériorisation du mal. Quant à David Tibet, il utilise l’image de l’antéchrist et la représentation des faux prophètes aujourd’hui. (Mirror emperor series).

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Jérôme Zonder, Pierre-François #6, 2020. Courtesy Galerie Nathalie Obadia, Paris / Bruxelles © Copyright (C) reserved
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Christine Borland - L’homme gris,vue de l’exposition au Casino Luxembourg – Forum d’art contemporain. © MIKE ZENARI

La dualité de l’homme

Giséle Vienne, chorégraphe, marionnettiste et plasticienne traite du thème de la possession, de l’intériorisation du diable. A travers les femmes possédées de la Renaissance qui sont devenues les hystériques chez Charcot et Richer au XIXe siècle et aujourd’hui sont traitées comme une maladie mentale. Son travail renvoie à notre propre dualité personnelle. Dans L’homme Double, Christine Borland, à partir de la représentation de Josef Mengele, rappelle que le mal est humain, qu’il a des visages différents et qu’il n’est pas forcément facile à identifier ce qui le rend d’autant plus dangereux.

Dans cette exposition L’Homme gris, plusieurs œuvres traitent d’une question morale : Si on tue le mal, est-ce que ça fait de nous un héros ou un assassin ? C’est le propos de Darja Bajagic autour du meurtre d’un prêtre pédophile par un codétenu lui-même condamné à mort (Save a child, kill a pedophile)

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Gisèle Vienne - - L’homme gris,vue de l’exposition au Casino Luxembourg – Forum d’art contemporain. © MIKE ZENARI

Les différents visages possibles du diable aujourd’hui

 Le capitalisme et la destruction écologique

Christof Büchel et Alex Bag utilisent la figure du diable pour dénoncer le capitalisme. Christof Büchel a vendu son âme d’artiste au diable de l’argent en mettant aux enchères sa participation à la biennale d’art Manifesta en 2002. Bianca Bondi dans ses installations, parle de la destruction écologique et la manipulation par l’homme de la terre. Chez Gast Bouchet (Polyphonic Satan) il est question de ce que l’homme fait à la terre et ce que le capital fait à l’homme. " Satan a réussi à manipuler l’homme pour qu’il s’autodétruise. " commente le commissaire expo.

 

En pratique :

L'Homme gris

Casino Luxembourg

Jusqu'au 06 juin 2021

L'exposition est accessible tous les jours sauf le mardi, de 11h00 à 19h00 avec une nocturne le jeudi jusque 21h00. Les règles sanitaires en vigueur actuellement au Luxembourg (10 personnes maximum par pièce visitée) seront observées.