Pouvoir, chaos et désir: Anish Kapoor bouscule le château de Versailles

Anish Kapor devant l'entrée de Versailles
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Anish Kapor devant l'entrée de Versailles - © STEPHANE DE SAKUTIN - AFP

Des miroirs et de l'eau, si présents au Château de Versailles, mais aussi des blocs de pierre et une gigantesque trompe d'acier rouillé posée sur la pelouse: le Britannique Anish Kapoor joue avec le chaos et la sexualité dans ce lieu de pouvoir et de désir.

Spécialiste des installations géantes, comme celle du "Léviathan" sous la verrière du Grand Palais en 2011, l'artiste a également investi la salle du Jeu de Paume avec une oeuvre spectaculaire : un canon qui tire des cylindres de cire rouge sang dans un angle.

Anish Kapoor a très vite écarté l'idée d'exposer ses œuvres dans les salons de Versailles comme l'ont fait d'autres artistes invités, dont Jeff Koons. Très vite aussi, il a choisi le Jeu de Paume, ainsi que le Tapis vert, ce parterre de pelouse situé dans la grande perspective du château, explique Alfred Pacquement, commissaire de l'exposition (du 9 juin au 1er novembre). "Il ne voulait pas de Versailles comme décor."

Dans l'axe central, l'artiste d'origine indienne a aligné quatre des six œuvres présentées : sur les terrasses un de ses grands miroirs concaves bifaces, devenus sa marque de fabrique. Plus loin, un "miroir-radar" reflétant le ciel.

Puis, à quelques dizaines de mètres des statues dorées du Bassin de Latone récemment restauré, se dresse l'ouverture inquiétante d'un long tunnel d'acier rouillé (60 m de long). Une pièce intitulée "Dirty Corner", "très sexuelle", reconnaît Anish Kapoor, qui imagine "une femme d'une autre civilisation". Cette trompe, qui semble vouloir aspirer le château lui-même, est entourée d'excavations et d'énormes blocs de pierre (jusqu'à 25 tonnes), certains peints en rouge sang.

"La cavité sombre est un thème très présent dans le travail de Kapoor, il a joué la contradiction avec la perspective, bousculé son ordonnancement" mais en tenant compte de l'échelle de ce lieu immense, explique Alfred Pacquement. "Ce qui l'intéresse, c'est le chaos caché par Le Nôtre, celui d'avant et celui d'après", renchérit Catherine Pégard, présidente de l'établissement public de Versailles.

"Ce qui se trouve sous la surface de cet ordonnancement", c'est aussi, selon Kapoor, ce que révèle la quatrième œuvre, le "Vortex", un bassin circulaire au pied du Grand Canal où tourne à fleur de terre une eau noirâtre dont le centre s'ouvre vers les profondeurs.

'Un désordre très précis'

Sexuelle, l'intervention du sculpteur au Jeu de Paume l'est aussi, à commencer par son titre "Tirer dans les coins". "J'ai voulu ouvrir un dialogue entre mon travail et le lieu", explique Kapoor, qui évoque "l'angle comme symbole du sexe féminin" et le canon "éminemment phallique".

"C'est un lieu très masculin, il n'y a aucune présence féminine", ajoute-t-il à propos de ce monument historique, en soulignant que l'angle de tir du canon est le même que celui du bras de la statue de Jean Sylvain Bailly, président du Tiers Etat et premier à prêter serment.

"La grande qualité de son projet, c'est qu'il est pensé et conçu par rapport à Versailles", souligne Alfred Pacquement, qui évoque la "détermination" du sculpteur, son "désordre très précis".

Anish Kapoor (61 ans) a conçu une dernière sculpture posée comme un ovni au centre d'un bosquet : un énorme cube noir traversé par des boyaux rouges aux orifices de tailles très différentes, le plus grand occupant toute une face de l’œuvre. L'intérieur du cube, accessible au public, donne la sensation d'être au cœur d'un gigantesque être vivant.

Le projet d'Anish Kapoor à Versailles a été un des plus complexes que les équipes aient eu à gérer depuis que le domaine donne carte blanche à des artiste contemporains. "Un chantier important", dit sobrement Alfred Pacquement. Quant à son coût, la direction de Versailles reste discrète.

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