Picasso et la tauromachie: 29 gravures exceptionnelles à découvrir à Louvain-la-Neuve

Les musées sont des lieux d’exposition, mais aussi des lieux de conservation. Dans les réserves sont souvent stockés, comme des trésors, des œuvres, des vestiges ou des objets d’une qualité exceptionnelle, que l’on met en lumière de temps à autre. C’est le cas à Louvain-la-Neuve où le Musée L propose en ce moment de découvrir une incroyable série de gravures réalisées par Picasso, baptisée Tauromaquia. 

"Ces gravures ont été réalisées en 1957 à la demande d’un éditeur qui voulait rééditer un ancien traité de tauromachie, explique Sylvie De Dryver, du Musée L. L’éditeur s’est donc adressé à Picasso qui a travaillé de façon très intense pendant un mois pour livrer ce récit autour de cet art de la corrida. Chaque gravure évoque les moments dramatiques et intenses de la corrida, de l’entrée du taureau dans l’arène jusqu’à la mise à mort. Et ce qui est vraiment remarquable, c’est l’art de la synthèse et de l’intensité dramatique, à partir d’une technique qu’on appelle l’encre au sucre qui permet de donner l’effet du dessin. On a vraiment l’impression qu’il s’agit d’un lavis à l’encre de chine, avec tous ces dégradés de gris et de noir sur ce papier blanc." 

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Sylvie De Dryver, du Musée L, devant les gravures réalisées en 1957 par Picasso pour illustrer un ancien traité de tauromachie. - ©  Hugues Van Peel – RTBF

Sous les yeux des visiteurs, pas moins de 29 gravures

"26 sont vraiment l’illustration du traité, deux sont des essais, on le sent assez bien dans l’expérimentation de la technique, et une est la couverture du traité".

A l’avant-plan, l’artiste a généralement représenté des personnages. Au centre, le taureau et le matador. A l’arrière-plan, quelques touches qui donnent l’illusion de la foule. Un style épuré, virtuose et frappant de simplicité.

Picasso, artiste aux talents multiples, s’est lancé très tôt dans la gravure. "Dès 18 ans, il a une presse. Et dans sa vie, il a expérimenté toutes les techniques, aussi bien la gravure à l’eau forte que la lithographie ou ici l’encre au sucre. C’était un terrain de jeu où il explorait toutes sortes de thèmes qui l’ont aussi inspiré dans le reste de sa production, comme la sculpture et la peinture".

Eugène Rouir, mécène centenaire 

C’est en 1994 que le musée de l’UCLouvain est entré en possession de ces gravures. Elles faisaient partie d’un ensemble de 1.500 œuvres données au musée par le collectionneur Eugène Rouir, disparu en 2020 à l’âge de 100 ans. C’est pour honorer la mémoire de ce grand mécène que le Musée L a décidé de sortir la série Tauromaquia de ses réserves.

Ces gravures très fragiles ne peuvent rester exposées plus de trois mois, afin d’éviter une altération par la lumière. Elles n’avaient été vues depuis 2007 et sont donc à découvrir jusqu’au 1er novembre. Attention, en cette période de coronavirus, il est préférable de réserver.