Pascale Marthine Tayou, comme un Boomerang

Pascale Marthine Tayou est un artiste camerounais, installé à Gand. Jan Hoet l’avait repéré en 1996.

Il est un cueilleur – récolteur d’objets usagers qu’il assemble dans des installations, métamorphosant l’espace d’exposition en un bazar africain. L’artiste baraqué et barbu a choisi un double prénom féminin, considérant que la scène artistique est peu occupée par les femmes.

L’exposition qu’il présente au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles jusqu’au 20 septembre est intitulée Boomerang. L’homme pose des actes et en paye les conséquences. Il crée des problèmes qui lui reviennent comme un boomerang.

Les installations de Pascale Marthine Tayou posent des questions sur notre monde actuel. Le pillage des matières premières en Afrique, le diamant et le coltan, la surproduction et la pollution, les inégalités économiques sont des sujets évoqués dans son travail.

Un poulpe géant est constitué d’un amas de tuyaux de pompes à essence. Les pistolets pointés vers vous sont inquiétants. Le pétrole est une richesse qui génère des problèmes énergétiques, environnementaux, sociaux et géopolitiques. D’autres tuyaux parcourent les salles d’exposition. C’est un système d’écoulement d’eaux usées. L’eau, c’est la vie, mais polluée par l’activité économique et rejetée dans les rivières, elle crée un problème boomerang.

Les installations se décryptent facilement. Un grand nuage de coton est transpercé de pieux dont les extrémités pointues sont pointées vers le spectateur. Le coton fait référence aux plantations et à l’esclavage.

Il y a du fétichisme aussi dans l’approche. Les poupées Pascale en verre soufflé n’ont pas de pouvoir magique. Des artisans toscans les ont fabriquées, mais l’artiste les recouvre d’objets, comme on le fait avec des fétiches. Il investit un monde aujourd’hui désacralisé. Il procède à des semblants de rituels ou de rites vaudous. Le rituel permet de canaliser la violence. Une magie blanche opère aussi, car Pascale Marthine Tayou est un esprit non démuni d’humour.

Pascale Marthine Tayou au micro de Pascal Goffaux

Le samedi 5 septembre à 17h, Bozar accueille Hans Ulrich Obrist et Pascale Marthine Tayou pour un débat sur l'art et la société, à propos de l'œuvre de l'artiste belgo-camerounais. Obrist est co-directeur des Galeries Serpentine de Londres et jouit d'une réputation solide au sein de la scène artistique contemporaine. Il y a quelques années, le magazine d'art international Art Review l'a d'ailleurs sacré personnalité la plus influente du secteur.

entrée gratuite - sur réservation