"Ostinato", jusqu'au 28 avril à la Maison de la Culture de Namur

Ostinato
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Ostinato - © Christine Pinchart

Une exposition pour un savant dialogue entre la musique et l’art pictural abstrait. Rencontre avec André Lambotte ; le commissaire de l’exposition, figure parmi les 17 artistes du projet.

Vous avez voulu évoquer cette fusion, ce dialogue entre la musique et les arts plastiques ?

Je crois que le terme dialogue est le meilleur. J’ai pu observer depuis longtemps, que les arts plastiques et la musique s’inspiraient l’un de l’autre, et cela m’a donné l’idée de cette exposition. J’ai proposé à 16 artistes de se joindre à moi, dont plusieurs peu connus en Belgique, même s’ils ont une carrière internationale.

Vous avez imaginé le meilleur dialogue possible entre ces artistes ? Il fallait prospecter, certains vivant en France ou à Londres, ayant vécu au Mexique, en Italie ou en Autriche ?

La sélection c’est toujours très ingrat, et il aurait pu y avoir plus d’artistes. Mais j’ai voulu baliser un peu l’exposition, donc les 130 pièces aux cimaises, sont sur papier. L’autre critère c’était l’abstraction, puisque la musique est l’art du temps, donc une abstraction en soi.  J’ai souhaité que le dialogue se resserre et qu’il s’agisse d’œuvres abstraites. Et enfin Ostinato, parce que j’ai constaté que les artistes qui entraient dans ces deux ou trois critères, travaillent sur un mode répétitif et obstiné. Ostinato signifie en musique ces figures rythmiques répétitives.

Cela donnait déjà une idée des balises que j’ai souhaité utiliser, même si les œuvres sont totalement différentes les unes des autres.  

Trois salles d’exposition, avec au rez-de-chaussée, d’emblée des œuvres qui évoquent ce lien. Ce sont celles, de Jacques Calonne que l’on apparente à Cobra ?

Calonne est emblématique de l’exposition, puisqu’il est le seul à être à la fois plasticien et compositeur. Le catalogue contient un CD musical, sur lequel une œuvre inédite pour piano de Calonne est enregistrée. Il a été proche de Pousseur et de Stockhausen, c’est un compositeur d’origine sérielle, alors que sa peinture s’apparente à Cobra, et il en était le plus jeune membre. C’est une peinture très spontanée, alors que son écriture musicale est extrêmement précise et lentement élaborée. C’est un paradoxe qu’il assume.

On vous retrouve parmi ces artistes André Lambotte, avec de la couleur, et cela surprend ?

Beaucoup sont en noir et blanc, oui, mais la couleur s’est imposée à moi. Je me pose plutôt la question de savoir pourquoi, tous ces artistes qui s’intéressent à la musique travaillent en noir et blanc ? Je me dis que le noir et blanc accentue davantage la notion de rythme. Pour ma part, c’est le grain de la musique qui m’intéresse, et les textures.

La musique est colorée, j’y ai puisé un peu de rythme, mais surtout de la texture et de la structure.

On va se diriger vers les œuvres de Laura Lamiel. Ce sont des œuvres circulaires, et on est interpellé, parce que sans avoir la partition, on arrive à l’imaginer ?

Oui là le temps joue son rôle, et j’appelle cela des mandalas. Laura Lamiel est assez connue à Paris mais elle expose pour la première fois en Belgique. Et elle développe à côté de ses installations, un travail sur la réflexion par le dessin.On perçoit dans cette œuvre son sens un peu mystique, avec un côté indouiste. Les traits sont très fins, et si on s’approche, certains d’entre eux, sont une répétition infinie de la syllabe OM qui est sacrée en Asie.

Si on voulait faire un lien entre tous ces artistes, n’y a-t-il pas aussi un lien obsessionnel ?

Oui obsessionnel, obstiné  et hypnotique aussi. C’est bien un lien entre eux tous.

Christine Pinchart