Nuages d’hier et d’aujourd’hui, à la Maison des Arts de Schaerbeek

Les nuages fascinent et invitent à la contemplation. A toutes les époques de l’Histoire, ils ont signifié quelque chose. Poètes, peintres et cinéastes n’ont eu de cesse de les magnifier dans leurs expressions diverses et infinies, tantôt sombres et menaçants, tantôt ouateux, vaporeux et moelleux.

Dans la mythologie, les nuages étaient protecteurs ou représentaient le courroux divin ; au Moyen-âge, ils symbolisaient le sacré. Ils sont omniprésents dans les écrits de Baudelaire, poète amoureux des nuages et en quête d’absolu. Il les décrit superbement lorsqu’il parle des tableaux de Delacroix et des marines de Boudin. Les nuages le conduisent aussi de l’espoir à la tourmente quand il exprime son spleen. Le peintre anglais William Turner a rendu de façon magistrale la beauté et la majesté des ciels, ses transformations du lever au coucher. La cinéaste belge Marion Hänsel les photographiait et les filmait comme dans "Nuages – Lettres à mon fils", rythmé par des lettres d’amour intimes et tendres… Les nuages comptent parmi les "objets poétiques" les plus oniriques. Ils incitent à la rêverie et les artistes contemporains en ont aussi fait la matière de leurs œuvres. Charlotte Charbonnel les a coincés dans des bocaux, Anish Kapoor les fait se miroiter dans des sphères déformantes. Et la liste des artistes inspirés par leur magie est infinie et a traversé les siècles et les courants.

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"Blue Skies" de Cindy Wright © P. Navez

Au gré d’une sélection d’artistes actifs sur la scène artistique contemporaine belge, la Maison des Arts de Schaerbeek ouvre sa saison sur le thème des nuages avec l’exposition "Nuages, d’hier et d’aujourd’hui". Claire Leblanc, directrice du Musée d’Ixelles, toujours en travaux de rénovation, en est la commissaire. Les treize artistes sélectionnés dialoguent avec les tableaux anciens de la Collection communale artistique de Schaerbeek.

Dans le hall d’entrée, on est d’abord accueilli par une nature morte de Cindy Wright. L’artiste nous confronte aux enjeux éthiques et esthétiques de la société contemporaine, avec ces nuages de plastique annonciateurs de notre déclin.

Dans le grand salon, tapissé avec les papiers peints nuageux créés par Tenue de Ville, Jacqueline Mesmaeker joue de l’ironie avec discrétion et brouille les pistes avec sa vidéo d’un ciel marin, encadrée à l’ancienne. En l’épluchant de plus près, on découvre qu’il s’agit en réalité d’une vue de la mer du Nord projetée à l’envers.

Lucile Bertrand suspend le temps avec ses nuages d’intérieur délicats, faits de plumes, tulle et fils nylon. Celui-ci flotte dans un cube ouvert qui lui permet de s’échapper.

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"Temps suspendu" de Lucile Bertrand © P. Navez

Tatiana Wolska est une artiste d’origine polonaise, formée à Nice et travaillant en Belgique. Elle utilise dans ses œuvres sculpturales des matériaux simples qu’elle récupère et assemble. Elle nous conduit et nous enveloppe ici dans son installation de branchages qui simule un nuage végétal. Elle aime jouer de la pesanteur et de la légèreté, tout comme pour son prototype mobile intégré dans le jardin, composé d’une nuée de planches tressées formant un abri.

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"Ars Memoriae" de Stephan Balleux © P. Navez

Stephan Balleux, dans son travail, joue sur les déconstructions et reconstructions, dans des effets de superposition. Il défigure ainsi le réel et transforme le sens de l’image, comme avec son incendie de maison au milieu d’un salon d’époque et ses nuages en suspension (il les appelle des "blobs") qui flottent dans des décors de gravures anciennes.

Et puis, il y a la cheminée d’usine en dentelle d’Elodie Antoine, de laquelle sort un nuage de fumée en fil noir. La spécialité de cette artiste est d’inventer des objets hybrides en utilisant des matériaux inattendus, voire contradictoires, pour représenter des pylônes, des plateformes pétrolières, des grues, des grillages, des ponts…

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"Drifting clouds and clouds" de Jean-Marie Bytebier © P. Navez
"Drifting Clouds" de Jean-Marie Bytebier © P. Navez

Jean-Marie Bytebier tend à une abstraction extrême en dépouillant au maximum ses paysages. Une forêt devient un carré vert, un ciel, un aplat bleu clair jamais uniforme. Une sorte d’épure, mais bien vivante, avec du relief dans les pigments utilisés. Et la lumière du moment, dans la pièce, en dévoile toutes les nuances.

Les peintures de Marie Rosen semblent irréelles et hors du temps. Elles exhalent une grande sérénité. Ses espaces défient la logique, dans un souci de pure esthétique. Les tableaux sont tous différents, mais il y règne la même ambiance.

Et puis il y a le nuancier du ciel de Cristina Garrido, sur le palier du premier étage. L’artiste y a regroupé, selon le principe du nuancier Pantone, les différents dégradés de ciel de grands peintres des 17e et 18e siècles. Se côtoient Claude Monet, William Turner, Canaletto, James Holland, John Constable, David Cox…

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"Local color is a foreign invention (British Islands)" de Cristina Garrido © P. Navez

L’exposition "Nuages, d’hier et d’aujourd’hui" se tient à la Maison des Arts de Schaerbeek jusqu’au 21 novembre 2021.