Michael Jackson, de la figure christique à l'icône désenchantée de la pop

Michael Jackson by Andy Warhol 1984.
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Michael Jackson by Andy Warhol 1984. - © The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc. / Licensed by DACS, London

Du 28 juin au 31 octobre 2018, la National Portrait Gallery à Londres revient sur la figure tutélaire du roi de la pop, à travers une exposition évoquant l'influence de Jackson chez divers artistes contemporain, des années 1990 à nos jours.

Alors que Michael Jackson aurait célébré le 29 août prochain ses 60 ans, l'institution londonienne convoque 48 grands noms de l'art, influencés par cette icône du XXe siècle. Un portrait multifacette d'un personnage adulé et controversé.

Entre Jésus et Philippe II d'Espagne

Une immense toile signée Kehinde Wiley "Equestrian Portrait of King Philip II (Michael Jackson)" accueille le visiteur. Sur celle-ci, qui a tout d'une peinture de maître issue des siècles passés, figure l'interprète de "Thriller". En majesté à cheval, il regarde avec gravité le promeneur, le tout couronné de laurier par deux angelots. Pour la petite histoire, c'est après avoir vu au Brooklyn Museum un portrait équestre d'un jeune homme noir reprenant un portrait de Napoléon traversant les Alpes signé Wiley, que Jackson aurait commandé l'oeuvre à l'artiste. Inspirée par nombres d'inspirations puisées dans l'histoire de l'art, notamment choisies par le chanteur, l'oeuvre reprend la construction du tableau de Rubens "Portrait Équestre du roi Philippe II". Celle-ci est achevée par le peintre néerlandais, après la mort du roi espagnol. Ironie de l'histoire, il en sera de même pour la toile de Wiley, terminée après la mort du roi de la pop en 2009.

Après ce décès tragique, qui remue alors en ce début de siècle plusieurs millions de fans, le photographe David Lachapelle réalise un triptyque en l'honneur de l'artiste, "American Jesus". Emprunt de religiosité jusqu'à l'excès, l'oeuvre de l'Américain nous montre une nouvelle forme de Piéta inversée, où Jésus Christ reprendre le rôle de la Vierge Marie, enlaçant l'ancien membre des Jackson Five.

Le visage poupin de Michael Jackson se retrouve dans une section évoquant la transformation du petit garçon fantastique à celui d'icône des 1980s, immortalisé en une de "Interview", le magazine d'Andy Warhol.

Figure de la communauté afro-américaine

Au-delà de cette iconographique grandiloquente, "Michael Jackson: on the wall" s'attarde aussi sur l'impact de Jackson auprès de la communauté afro-américaine. Avec "Which Mike do you want to be like…?", à travers trois micros, David Hammons figure trois Michaels : Jackson, le performeur, Tyson le boxeur, et Jordan le basketteur, soit autant d'options aspirationnelles pour les hommes afro-américains. Une étonnante vidéo montre la poitrine de l'artiste Susan Smith-Pinelo dansant au rythme de "Working Day and Night", décorée d'un collier où figure le mot "Ghetto".

Quant aux affaires qui obscurcissent la fin de carrière de Jackson, elles sont suggérées à travers le parc d'attraction de Jackson, Neverland. "Neverland" de Dexter Dalwood est issu d'une série de toiles, où le britannique raconte la fin des carrières de grands noms de la musique. Pour Michael Jackson, il propose un halo de lumière associé à un piano à queue et à une colonne ionique brisée.

Dans une vidéo du même titre, Jordan Wolfson a isolé les yeux de la pop star du reste de son visage pour ne laisser autour qu'un écran blanc. La vidéo initiale était un enregistrement de 1993 fait à Neverland, dans lequel la star réfutait les accusations qui lui étaient reprochées. Une façon pour l'artiste de dire que ses yeux ne mentaient pas.

L'exposition sera par la suite de passage au Grand Palais à Paris de novembre 2018 à février 2019, au Bundeskunsthalle à Bonn de mars à juillet 2019 et à l'Espoo Museum of Modern Art en Finlande.

"Michael Jackson : On the wall", jusqu'au 21 octobre à la National Portrait Gallery à Londres.