Melancholia à la Villa Empain

- Claudio Parmiggiani - Melancholia - Villa Empain
13 images
- Claudio Parmiggiani - Melancholia - Villa Empain - © RTBF Pascal Goffaux 2018

La fondation Boghossian présente une exposition Melancholia à la Villa Empain à Bruxelles jusqu’au 19 août.

"La mélancolie, c’est le bonheur d’être triste", écrivait Victor Hugo. C’est un état d’abandon, de tristesse vague accompagnée de rêverie.

Je me suis rendu à la Villa Empain pour ressentir cet état face à des œuvres qui par l’évidence de leurs images et les moyens que l’artiste met en œuvre suscitent ce vague à l’âme. L’exposition présente des œuvres parfaitement choisies et d’autres qui documentent le sujet sans provoquer la moindre émotion.

Parmi les œuvres sensibles, un amoncellement de têtes antiques dans une installation de Claudio Parmiggiani dit le passé révolu et la beauté décapitée. Les ruines de l’antiquité, présage de la disparition d’une civilisation, aveuglent par leur blancheur. L’aveuglement est aussi perceptible dans un autoportrait photographique de Giuseppe Penone, un maître de l’Arte Povera. L’artiste porte des lentilles de contact miroir. Ces prothèses réfléchissantes renvoient les images du monde, mais l’artiste en couvrant ses yeux ne voit pas, il reste en retrait, mais il réfléchit. Le repli sur soi et le détachement du monde accompagnent le mélancolique dans sa recherche d’un paradis perdu.

Nuit sur la mer, de Paul Delvaux, est une autre œuvre sensible. La scène éclairée par une pleine lune présente cinq personnages énigmatiques de femmes. La lumière lunaire accentue la solitude de statue de ces belles éveillées. Un beau paysage de Spilliaert à la perspective fuyante avec la mer à l’horizon répand également une lumière crépusculaire propice à la mélancolie. Par contre, d’autres œuvres en restent à l’idée, produites par des artistes conceptuels comme le regretté Jef Geys qui avait constitué une liste de questions ayant trait à la situation de la femme en Europe ou comme Joseph Beuys, l’homme au chapeau, dont deux portraits sont accrochés aux cimaises. L’artiste tenté par un orient mystique et imaginaire s’était inventé son propre personnage. Les deux clichés s’adressent aux amateurs éclairés, mais les images n’éveillent aucune émotion.

La toute fin de l’exposition est magnifique. Elle joue sur les formes. Elle ne livre aucun discours qui se voudrait intelligent, mais elle suggère. Le regard peut ainsi charger les œuvres d’un poids de douce mélancolie.  Claudio Parmiggiani rend visible l’absence par des traces d’objets laissées par la combustion et l’artiste espagnole Eli Cortiñas suspend le temps en jouant et rejouant la fin à l’infini. La fin de La sirène du Mississipi de François Truffaut est projetée en boucle. Deux personnages de dos, main dans la main, s’éloignent dans un paysage de neige. Le spectateur redoutant la fin repousse l’instant où tout va basculer. Il jouit du dernier moment et vit dans un état de conscience mélancolique, car il sait que rejouer une scène est impossible sauf au cinéma.