Martin Parr, chroniqueur de notre temps, en 400 photos au Hangar à Bruxelles

Hangar, le centre photographique bruxellois, propose la première rétrospective en Belgique de Martin Parr, l'un des photographes les plus populaires de l'époque. L'inénarrable photographe anglais documente avec humour et dérision les évolutions et les travers du monde contemporain et plus spécialement... british. Et cela dure depuis 45 ans. Un véritable "Parrathon" dont on découvre 15 séries emblématiques et 400 images d'un travail "sérieux mais divertissant" selon les mots de Martin Parr lui-même. 

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Dorset, England, GB Martin Parr - 1996 série Think of England © Martin Parr/Magnum Photos

Martin Parr, le goût des autres

Martin Parr est mondialement connu pour son regard espiègle sur nos contemporains. Un regard teinté d’humour anglais, dans l’ironie mais jamais dans le cynisme. Dans la dérision et la tendresse, jamais dans la moquerie. C’est ce qui fait la qualité de ce travail documentaire, insiste le photographe, conçu sur un temps long. Des images qui conservent toute leur pertinence, même lorsqu'elles témoignent d’une époque déjà lointaine comme les années 80. Les thèmes de prédilection du photographe sont la société britannique et ses différences de classes sociales, le tourisme de masse, la société de consommation, les loisirs. Avec un goût tout particulier pour les stations balnéaires, des endroits ""plein d'énergie, lumineux et colorés."

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New Brighton, England, GB Martin Parr - 1985 série The Last Resort ©  Martin Parr/Magnum Photos

Des classes en lutte 

Depuis 25 ans, Martin Parr creuse le sujet des classes sociales britanniques et en démontre le cloisonnement économique et culturel plus marqué qu'ailleurs. Ici être conservateur ou travailliste semble garder tout son sens. De Brighton - où il vit - à Knokke, Parr aime les stations balnéaires, lieux emblématiques de l'oisiveté et des plaisirs. Entre 1982 et 1985, il réalise la série The Last Resort qui documente les vacances de familles modestes  dans la petite station balnéaire de New Brighton, près de Liverpool. La désindustrialisation y entraine une forte hausse du chômage et de la pauvreté. Des images aux allures de premiers congés payés sur fond de zone industrielle. Et l'accès au rêve consumériste pour tout un chacun. Quoi qu'il arrive, les gosses auront leur glace et on fera un pique-nique, même si c'est sur le bitume du parking. Entre 86 et 89, Martin Parr réalisera la série The Cost of Living, le portrait de la nouvelle classe moyenne ambitieuse née de la politique libérale de Margaret Thatcher. 

"Luxury" ou "on ne prête qu'aux riches"

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Snow Polo World Cup, St Moritz, Switzerland, 2011 série Luxury © Martin Parr/Magnum Photos

Entre 1997 et 2011, le photographe travaille sur le thème de la richesse dans le monde. Avec son appareil photo, il va de défilé de mode en champ de course hippique et foire d'art contemporain. A Dubaï, Miami ou Moscou, il traque les comportements et codes sociaux de cette nouvelle classe internationale bling bling (ci-dessus la Coupe du Monde de polo sur glace à St Moritz en Suisse).
Au Royaume-Uni, Parr photographiera l'élite qui dirige le pays dans sa série Establishment, entre 2010 et 2016. Images de régate d'aviron à Eton et de professeurs d'Oxford en habit. 

Le photographe s'intéressera aussi à la consommation et aux déchets avec la série "Common Sense" : un mur d'images d'objets en gros plan, tirées en photocopie couleur. 

Dans un autre registre, loin de tout sarcasme, la série "Bored", plus intime et moins directement évidente, est consacrée à ce qui peut paraître comme de la lassitude entre personnes, l'ennui quand on n'a plus rien à se dire ou cette période de l'adolescence où le quotidien est tellement boring. Des images de couple sur la piste de danse ou simplement au restaurant.  

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On board a ferry from Helsinki to Stockholm, Finland, Martin Parr - 1991 série Bored ©  Martin Parr/Magnum Photos
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Autoportrait, Benidorm, Spain, Martin Parr - 1997 série Self-Portraits © Martin Parr/Magnum Photos

Sea, Kitsch and Sun

Personne n'échappe aux kitscheries de la culture de masse, pas même celui qui les traque inlassablement... et ça fait tellement de bien de se rendre ridicule le temps d'un instant. Depuis près de 30 ans, partout où il se rend, Martin Parr se fait tirer le portrait par un professionnel ou un amateur. Dans des décors exotiques ou avec des effets numériques outranciers. Une galerie d'autoportraits en forme d'ultime auto-dérision qui place le créateur, le regardeur, au même niveau que son objet, le regardé. 

Dans sa dernière série, Death By Selfie, Martin Parr s'interroge sur ce nouveau phénomène. Le selfie tue-t-il le photographe ou tue-t-il le sujet par la surenchère mondiale de portraits qui renvoie tout un chacun et chacune à sa banalité. 

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Chowpatty Beach, Mumbai, India, Martin Parr - 2018 série Death by Selfie © Martin Parr/Magnum Photos

En pratique : 

Martin Parr - Parrathon 

Rétrospective au Hangar, centre photographique de Bruxelles

Du 17 septembre au 18 décembre 2021

mardi - samedi 12h - 18h