Loss of Control II, au Musée Rops à Namur, jusqu'au 5 mai

Kusama
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Kusama - © Christine Pinchart

"L'expo montre les connivences qui existent entre les artistes surréalistes et les outsiders, sans repères historiques, pour qu'on ne puisse pas cataloguer les uns et les autres par rapport à une maladie ou à un vécu. Que le public puisse approcher ces oeuvres d'une manière neutre."

Rencontre avec Véronique Carpiaux , la conservatrice du musée

 

L’exposition s’ouvre dans la pénombre, sur une petite machine surprenante ?

C’est la Dreamachine, qui est censée plonger le visiteur dans un état de détente, propice aux visions. Les plans de cette machine sont disponibles sur internet, et elle a été réalisée dans les années 1960 par des artistes de la Beat Generation. Ils avaient prévu qu’en fermant les paupières, et en regardant ce cylindre tourner, la lumière s’imprime sur la rétine et on entre dans un état un peu second. C’est ce que l’on propose au visiteur à l’entrée de cette exposition un peu sensorielle, qui s’est arrêtée sur des œuvres d’art brut et surréaliste.

Des artistes qui sortent des sentiers battus, qui refusent la norme, et les codes de la bourgeoise ?

Exactement et c’est un peu la suite de l’expo présentée de septembre à début janvier de cette année, qui s’appelait " Pulsion Hystériques " . Une vision de la folie par les générations suivantes. Les surréalistes des années 30, célèbrent le cinquantenaire de l’hystérie et déclarent que c’est une fumisterie, et une invention de médecins. Ils estiment que la folie et la perte de contrôle, est quelque chose qui doit être valorisé et ils vont chercher à exploiter cette folie.

A partir de 1945, d’autre part, on a  Jean Dubuffet qui crée cette notion d’art brut, et qui va favoriser l’émergence d’artistes outsiders, qui créent en hôpitaux psychiatriques et qui n’ont pas l’intention de rentrer dans le marché de l’art. Voilà pour résumer le propos de ces artistes en marge, favorisés par Dubuffet.

On a voulu aussi monter cette exposition, autour de couples célèbres, comme Breton avec Nadja, cette femme qu’il avait rencontrée au hasard d’une rue à Paris. Dubuffet et Aloïse qui a fait des dessins très sulfureux, parce que dans sa jeunesse, elle était tombée follement amoureuse de l’empereur. Egalement Hans Bellmer et Unica Zürn : Bellmer un artiste surréaliste et Unica Zürn qui a fini en hôpital psychiatrique et qui s’est défenestrée.

Nadja est au cœur de l’exposition, elle est symbolique de ce courant, de la femme borderline ?

C’est une figure mythique de ce côté glamour de la folie, que les surréalistes vont encourager. Il y a en sus, le corps de la femme transformé en poupée, que l’on voit dans les photos de Denise Bellon. Un témoin des expos surréalistes à Paris, à partir des années 30, et qui a photographié par exemple Dali, avec un mannequin dans les bras. Il y a l’arrivée des seins de Duchamp pour l’expo surréaliste, donc on voit que le corps de la femme est en même temps un lieu de dévotion, un objet d’admiration, mais aussi le corps objet, notamment pour certains féministes.

L’exposition nécessitait des partenaires ?

Oui il faut faire des demandes de prêts dans des institutions pour ce genre d’expo. Et le musée de l’Art Brut à Lausanne par exemple, a répondu positivement en nous prêtant un magnifique Aloïse. Il y a la collection Prinzhorn, du nom de ce grand psychiatre qui a été le premier à collectionner les œuvres d’artistes malades mentaux. Ou encore le Centre Pompidou et des collectionneurs privés.

On trouve deux aspects plus ludiques dans l’exposition, tout d’abord ce cube de miroirs signé Kusama ?

Oui au rez-de-chaussée. On connaît Kusama pour ses grandes installations, et c’est une artiste qui elle-même s’est déclarée malade mentale, et a demandé à être internée. Elle séjourne en hôpital psychiatrique au Japon, où elle a un atelier. Et on a pu avoir en prêt ce petit cube, dans lequel on peut se regarder, et où l’on se voit à l’infini, tout en ayant une vision du monde extérieur. Donc c’est une oeuvre qui correspond au monde intérieur fort de Kusama.

Puis au-dessus de l’escalier des robes, en écho à la camisole, et qui sont travaillées par des artistes internés également ?

Nous avons la chance d’avoir une robe réalisée par Lisa Niederreiter, qui est allemande et qui fait directement allusion à Jeanna Tripier qui était une artiste médiumnique, qui a cousu des morceaux de tissus avec des couleurs différentes, en repassant sans cesse son aiguille ; Lisa Niederreiter a réalisé des robes et des photos-montages, à partir de ce travail très patient qu’a réalisé Jeanne Tripier dans les années 1930.

L’expo est à découvrir au Musée Félicien Rops à Namur, rue Fumal, jusqu’au 5 mai.

Un Apé’Rops est prévu le 15 février à 12h30.

Aloïse de Liliane Kermadec, sera projeté à la MCN le 19 février à 20 heures.

Les visites sont guidées et gratuites les 3 mars, 4 avril et 5 mai à 14h30.

Le 7 mars Caroline Lamarche évoquera l’œuvre d’Unica Zürn…

Christine Pinchart