Le frondeur Gaston Lagaffe s'expose gratuitement au Centre Pompidou

M'enfin, quelle histoire! Le plus paresseux et subversif des antihéros de BD, l'irrésistible Gaston Lagaffe, personnage créé il y a 60 ans par le génial André Franquin, est la vedette d'une grande exposition organisée à partir de mercredi par le Centre Pompidou à Paris.

"Qui êtes-vous? Qui vous a envoyé?", demande Spirou. "Gaston. On m'a dit de venir", répond un personnage lymphatique en jeans et au pull vert élimé. C'est ainsi que les lecteurs du magazine Spirou ont découvert Gaston en février 1957 et que les visiteurs de l'exposition, prévue jusqu'au 10 avril, le retrouveront sur une cimaise de la bibliothèque du Centre Pompidou.

Le "héros sans emploi" va vite devenir l'un des personnages majeurs de la BD aux côtés de Tintin ou Astérix.

L'exposition, qui lui est entièrement consacrée, fait revivre cette épopée. Dessins originaux, planches en couleurs restaurées, éditions originales, photographies et documents audiovisuels "permettent de mesurer que Gaston s'est construit, plus que tout autre héros de BD, en écho aux mutations de la société des années 1950 -1970", expliquent dans le catalogue de l'exposition Jérôme Bessière et Emmanuèle Payen, les deux commissaires généraux de l'expo.

Sous son allure bonasse, Gaston incarne à merveille l'esprit soixante-huitard, avant même Mai 68!. Allergique au travail aliénant, ne respectant pas l'autorité, pacifiste, doux rêveur et écolo, Gaston s'avère on ne peut plus subversif.

Entre 1957 et 1991, André Franquin va publier plus de 900 planches de Gaston Lagaffe, dans Spirou, puis en albums.

Mlle Jeanne et l'agent Longtarin

L'exposition se décline en quatre chapitres. Le premier raconte la naissance du personnage, revient sur ses premières apparitions dans Spirou, sa transformation, en quelques mois, en une série à part entière.

Le deuxième chapitre montre l'évolution du sympathique tire-au-flanc. De nouveaux personnages apparaissent: Mademoiselle Jeanne, M. De Mesmaeker et ses contrats, le comptable Boulier, Lebrac, copain et victime des inventions de Gaston, le rédacteur en chef Prunelle, l'agent Longtarin, son alter-ego Jules-de-chez-Smith-en-face...

Franquin donne de plus en plus de chair à son personnage. Il le dote d'une voiture jaune à damier, "teuf-teuf", horreur écologique, heureusement souvent en panne, invente le "gaffophone" sur lequel Gaston fait ses gammes. Toute une ménagerie s'ébroue autour de Gaston: la mouette rieuse, le chat dingue...

La troisième partie de l'expo montre comment Franquin, artiste complexe, se cachait derrière son personnage. "Gaston n'est pas Franquin. Mais il faut tout de même saluer la qualité de la relation que Franquin poursuit avec son personnage pendant plusieurs décennies", expliquent les commissaires de l'exposition. On trouve ici les thèmes que Franquin n'a eu de cesse de dénoncer: l'autorité, l'armée (dans un journal, Spirou, dont l'un des principaux héros est le pilote de chasse Buck Danny!).

Dans un entretien, publié en 1982, le dessinateur expliquait : "Je déteste cordialement tout ce qui est militaire". De nombreuses planches antimilitaristes de Gaston viennent le rappeler.

La dernière partie de l'exposition est consacrée à l'abandon progressif de Gaston par son créateur, qui oriente ses travaux vers un registre plus sombre. C'est l'envers de la douceur de Gaston et son inébranlable optimisme. Avec "Idées noires", Franquin se fait plus corrosif, plus pessimiste aussi.

"Les +Idées noires+, c'est un peu Gaston trempé dans de la suie", expliquait Franquin à La Libre Belgique en 1982.

André Franquin est mort il va y avoir 20 ans, le 5 janvier 1997.

L'exposition, gratuite, est visible tous les jours jusqu'à 22 heures sauf le mardi, au Centre Pompidou, à Paris