La Route Bleue s'égare Villa Empain

Tarek Al-­‐Ghoussein, Untitled 9 (C Series), 2007
6 images
Tarek Al-­‐Ghoussein, Untitled 9 (C Series), 2007 - © © de l’artiste / Courtesy The Third Line, Dubaï

La Route Bleue - route de la soie, lien significatif entre l’Occident et l’Orient - s’est posée avenue Franklin Roosevelt, dans les très élégants murs de la villa Empain, eux-mêmes empreints de plus d’un voyage. Une exposition évoquant l’ailleurs, si loin et si près de nous.

L’exposition s’intitule très précisément : La route bleue – Périples et beautés de la Méditerranée à la Chine. Et l’exposition, nous emporte évidemment au-delà.

 

La route, le voyage, le périple est abordé historiquement, par destination, par son esthétique et par sa couleur – bleue - porteuse d’infini. Elle parle d’une époque où de telles épopées, prenaient du temps, beaucoup de temps. C’était aussi périlleux et en revenir, faisait de vous un héros de légende. La route était guerrière ou commerciale, souvent les deux. La découverte de l’ailleurs était faite d’aventures et ses récits pleins de fantasmes et de rêves. L’Orient fascinait et inspirait.

Voyager a longtemps été un luxe, pour finir par devenir du tourisme de masse, perdant un peu de son aura. Et si l’ailleurs nous pousse encore vers des avions, ses habitants n’hésitent pas à emprunter mille et un moyens de transports précaires, pour nous rejoindre, dans l’espoir d’une vie meilleure. Quand le voyage devient exil, mélange d’espoir et de douleur.

 

L’exposition revêt la couleur de sa thématique : bleu dans toutes ses nuances et profondeurs. Elle est la couleur préférée de la majorité d’entre nous sans pour autant perdre son mystère.

On la retrouve dans les bijoux d’Ouzbékistan, dans les vêtements de paysans japonais, les ornements de cheveux tibétains, les vases en céramique japonais dont on célébrait l’imperfection en la soulignant d’or… parce que c’est la vie. Ces pièces sont magnifiques, exotiques, porteuses de songes et en même temps, un peu attendues. Ces pièces sont le voyage, dans le temps, géographiquement. Elles plantent le décor et se confrontent aux œuvres d’une quarantaine d’artistes, livrant leur propre évocation du voyage, de la route bleue.

La Fondation Boghossian sait sa sélection subjective, tant la thématique permet moultes interprétations. Mais celle opérée, installe une douce poésie et un questionnement toujours pertinent. Sur le retour aux origines, par forcément de lieu, plus de l’ordre du retour aux sources. Telles les photos de bâches bleues de Tarek Al-Ghoussein soulignant leur inéfficacité et leur nuisance comparativement aux matériaux traditionnels des tentes tout en évoquant la tradition littéraire préislamique Wukuf Aala Al Atal et sa symbolique forte de la tente abandonnée. Ou encore cette " Épuration élective " de l’artiste Fayçal Baghriche, reprenant sur une toile bleue que les étoiles des drapeaux, un ciel vaste où les signes d’identification nationale s’effacent au profit du cosmos. Quand le bleu rassemble et unifie.

D’autres artistes, à la renommée plus installée, tels Yves Klein et son époque bleue, Pierre Alechinsky ou Anish Kapoor…, nous donnent à voir leur propre bleu, dans sa radicalité, son oubli et installe un dialogue, soit en tempérance soit en mise en lumière.

 

Cette Route Bleue, itinéraire possible entre l’Occident et l’Orient, unissant ciel et mer, se trouble d’œuvre en œuvre. Plus de pays d’origine, au-delà des dates, elle évoque immanquablement le voyage intérieur, ces trajectoires invisibles que nous traçons au cours de nos vies, sans certitudes sur nos destinations. Quand nos questions identitaires dépassent largement le concept d’espace géographique et quand, comme ces voyageurs d’antan, nous ignorons totalement la date d’arrivée.

L’exposition proposée par la Fondation Boghossian nous propose au travers de sa sélection d’œuvres, plusieurs voies d’évasion, de réflexion, à vous d’emprunter celle qui vous convient…

 

Stéphanie Etienne

Infos pratiques

Adresse :

Avenue Franklin Roosevelt 67 à Bruxelles

Prix des entrées: 10 €