"La plus grande fresque du monde" d'Eduardo Kobra, pour les JO de Rio

"La plus grande fresque du monde", d'Eduardo Kobra, pour les JO de Rio
"La plus grande fresque du monde", d'Eduardo Kobra, pour les JO de Rio - © CHRISTOPHE SIMON - AFP

A 22 jours des Jeux Olympiques de Rio, l'artiste brésilien de street art Eduardo Kobra travaille sans relâche pour terminer sa gigantesque fresque murale, qu'il veut la plus grande du monde dans la zone portuaire revitalisée de la ville.

Hissé sur une grue à 20 mètres du sol, spray en main, Kobra pulvérise du bleu, puis du rouge.

"C'est sans doute la plus grande peinture murale du monde et à la fin du travail, elle devrait entrer dans le livre des records Guinness", déclare l'artiste de 40 ans jeudi à l'AFP.

Sur cette fresque de près de 3.000 m2, les cinq continents sont représentés par cinq visages au nombre des anneaux olympiques: un Karen de Thaïlande pour l'Asie, un Huli de Papouasie-nouvelle-Guinée pour l'Océanie, un Indien Tapajo d'Amazonie brésilienne pour l'Amérique, un Tchouktche de Sibérie pour l'Europe et un Mursi d'Éthiopie pour l'Afrique.

"Il y a une intolérance croissante dans le monde, comme en Europe où les gens rejettent les réfugiés, le différent. J'espère que cette fresque, dans l'esprit olympique des Jeux, aidera à rappeler que nous sommes tous différents mais qu'au fond +nous sommes tous Un+: l'espèce humaine", explique-t-il.

Avant de commencer à peindre l'œuvre justement intitulée "Nous sommes tous Un", l'équipe de l'artiste a passé 15 jours à préparer la superficie du mur d'un ancien dock en bouchant les trous et en le peignant de blanc, pour servir  de fond à la fresque multicolore.

Le mur choisi est emblématique de ce quartier rénové où arrivent tous les paquebots touristiques en bordure de la baie de Rio et où passe le tramway flambant neuf.

Non loin de là se trouve le "Musée du Lendemain" de l'architecte espagnol Calatrava, qui s'érige en symbole de la rénovation de la zone portuaire pour les JO.

Depuis une semaine, tous les jours de 8h à 19h, Kobra et son équipe peignent la fresque avec de l'acrylique, du vernis et des sprays de peinture. Elle devrait être prête à la fin du mois à quelques jours de l'ouverture des JO, le 5 août.

Des tags depuis l'âge de 12 ans

"Nous avons déjà utilisé 2.000 boîtes de spray - et on en utilisera encore mille -, cent bidons de 200 litres d'acrylique et cent bidons de vernis", s'amuse Kobra.

Peindre, il le fait depuis l'âge de 12 ans, quand il a commencé à taguer son nom sur les murs de son quartier pauvre de São Paulo, Campo Lindo.

A l'époque, pour lui, "la rue est le moyen de se sociabiliser, de se distraire et aussi de protester contre l'exclusion".

"Peindre, c'est tout ce que je sais faire. Je suis autodidacte. Je me suis rendu compte que j'avais une certaine habileté pour ça mais je peignais seul et je souffrais des préjugés de ma famille", raconte Kobra, qui ne peint aujourd'hui "qu'avec des autorisations".

Pour cette fresque, l'invitation est partie de la directrice artistique de "Boulevard Olympique", l'avenue où est situé le dock, Andrea Franco, avec le soutien de la mairie de Rio, du Comité Rio-2016 et du Comité organisateur des JO.

C'est à partir de 2005 que son travail devient international. Il a peint sa première oeuvre à l'étranger "dans la ville française de Lyon, sur un mur d'immeuble".

"Après, ça ne s'est plus arrêté." Ses peintures murales géantes et très colorées qui ravivent l'histoire du lieu, "sont présentes dans plusieurs villes des Etats-Unis, en Pologne, en Russie, en Suède, au Mexique, au Japon, dans les Émirats arabes, et à Tahiti".

La fresque de Rio a une durée de vie prévisible de six ans, selon Kobra.

Et après? "Je ne pense pas la restaurer, normalement je repeins autre chose par-dessus."