La nature morte espagnole s'expose à Bozar

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Juan Sánchez Cotán, Quince, Cabbage, Melon and Cucumber Ca. 1602 San Diego, gift of Anne R. and Amy Putnam
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←→ •••••• Juan Sánchez Cotán, Quince, Cabbage, Melon and Cucumber Ca. 1602 San Diego, gift of Anne R. and Amy Putnam - © The San Diego Museum of Art

Bozar présente la nature morte espagnole dans une exposition brassant quatre siècles, de 1600 à aujourd’hui, de Sanchez Cotan à Miquel Barcelo en passant par Velasquez, Goya, Picasso, Miro ou Dali.

La nature morte dans sa version ibérique s’inspire du modèle flamand et s’en distingue par les réalisations sobres et épurées de Sanchez Cotan, le "père du genre". Le terme espagnol bodegon (bodegones, au pluriel) désigne la nature morte. Il dérive du mot bodega qui signifie entrepôt et renvoie à cave ou chai, voire à auberge. La nature morte est une "auberge espagnole" avec ses fruits, ses légumes, ses viandes et ses animaux.

Le visuel de l’exposition reproduit un tableau de Sanchez Cotan qui représente un coing et un chou suspendus ainsi qu’un concombre et un melon déposés sur une tablette. Les aliments se détachent sur un fond sombre. Leur présence rayonne d’une humilité toute mystique.

La nature morte, genre décrié en Espagne pendant des siècles, se cherche une légitimité en juxtaposant une scène de genre et une scène religieuse dans un tableau du jeune Diego Velasquez, Le Christ dans la maison de Marthe et Marie (1618).  La nature morte reproduit une scène de cuisine en ouvrant dans le fond de la toile une fenêtre qui intègre la scène biblique. Le désillusionnement du monde est une variante de la nature morte espagnole qui flirte avec la vanité.

A l’aube de 19e siècle, le dindon et les daurades de Francisco de Goya sont deux des douze natures mortes exécutées par le peintre préromantique qui fait de brèves incursions dans un genre qui déconstruira les formes en embrassant le cubisme.

Des tableaux de Pablo Picasso et Juan Gris voisinent avec Le morceau de liège de Salvador Dali, d’une belle présence tout en retenue et avec une Nature morte avec vieille chaussure de Joan Miro qui étonne par sa laideur !  Le grand dîner espagnol de Miquel Barcelo insuffle la vie de la matière à la nature morte. Il referme l’exposition qui aurait pu se clore avant le 19e siècle finissant, car la démonstration perd en forces vives après la fulgurance de Goya.  

Sophie Lauwers, responsable des expositions à Bozar