La Foire d'art contemporain de Bâle met l'accent sur les oeuvres politiques

Art Basel, le plus grand rendez-vous annuel mondial pour les riches collectionneurs d'art contemporain, ouvre jeudi ses portes au public après trois journées réservées aux VIP, pour une édition qui fait, cette fois, la part belle aux oeuvres politiquement engagées.

Si cette foire de l'art contemporain a avant tout vocation à mettre en relation les galeries d'art les plus prestigieuses avec leurs clients, cet événement n'en attire pas moins chaque année un vaste public, qui peut venir y admirer les plus grandes signatures de la scène artistique. 

Près de 100.000 visiteurs font habituellement le déplacement pour cette foire dans la cité suisse de Bâle, sur les bords du Rhin, qui pour cette 48ème édition, réunit jusqu'à dimanche quelque 291 galeries représentant plus de 4.000 artistes. 

"C'est une des meilleures semaines en Suisse", s'enthousiasme Bernard Hofstetter, un artiste rencontré dans les allées du salon lors d'une journée réservée aux invités de marque, qui peuvent venir découvrir les pièces en avant-première pour faire leurs achats. 

Ce "bientôt sexagénaire" profitait de l'événement pour arborer une tenue haute en couleurs, associant une veste à paillettes à une jupe à fleurs taillée dans des coupons de haute couture et un chapeau melon parsemé de dessins de poissons, côtoyant d'élégantes propriétaires de galeries et de riches collectionneurs en tenue décontractée dans la section dite Unlimited, dédiée aux pièces monumentales.

Cette partie de la foire très prisée des visiteurs, où sont vendues les pièces destinées à des musées et à de grandes collections privées, aligne cette année de nombreuses œuvres engagées, les pièces retenues ayant été en partie sélectionnées l'automne dernier en pleine campagne présidentielle américaine. 

"Il y a en conséquence non seulement de nombreux projets qui ont une connotation politique en lien avec la situation aujourd'hui mais aussi certaines (œuvres) qui apparaissaient particulièrement pertinentes même si elles ont été créées il y a 10, 20 ou 30 ans", a déclaré Marc Spiegeler, le directeur de la foire, lors d'un entretien avec l'AFP.

L'artiste texan Donald Moffett y présente notamment une installation sonore intitulée Impeach (Destitution), créée en 2006.

Migrants, esclavage, intolérance

Plus loin dans la foire, l'artiste américaine Barbara Kruger aborde le thème de la xénophobie avec une gigantesque affiche livrant un message haineux, en lettres blanches sur fond rouge, commençant par: "Notre peuple est meilleur que votre peuple".

Sue Williamson, une artiste sud-africaine dont la carrière est étroitement liée à la lutte contre l'apartheid, explore, elle, le thème de la traite des esclaves et des migrants à travers une installation articulée autour de filets de pêche sur lesquels sont suspendues des bouteilles en verre.

Chacune renferme le nom d'un esclave embarqué de force sur un bateau pour l'Amérique ou les Caraïbes, avec l'ensemble de ses particularités, retrouvées dans des archives, incluant sa taille, son pays d'origine, le nom de son propriétaire et son prix.

L'oeuvre se pose comme une réflexion sur le colonialisme, dont la traite négrière, qui a débuté au XVIème siècle ressort comme une des premières expressions, tout en faisant écho à la question des "millions de personnes venant de pays politiquement instables, politiquement désespérés" qui se trouvent aujourd'hui forcés de partir en quête d'une vie meilleure, a expliqué l'artiste lors d'un entretien avec l'AFP.

"Cela contraste avec ce groupe de gens, cet énorme groupe de millions de personnes qui avaient été enlevées pour travailler dans les Amériques, dans les plantations de sucre, de café", a-t-elle décrypté.

L'artiste indien Subodh Gupta s'intéresse pour sa part à la montée de l'intolérance, invitant les visiteurs à mettre leurs différences de côté en partageant un repas dans un restaurant éphémère assemblé à l'aide d'ustensiles de cuisine en aluminium pour y déguster un plat préparé sur place par l'artiste et son équipe.

Toute la semaine, la ville de Bâle vibre au rythme de l'art, entre les parcours organisés aux abords de la cathédrale autour de sculptures notamment de l'artiste chinois Ai WeiWei, les cocktails dans les galeries d'art locales ou les expositions, notamment à la célèbre Fondation Beyeler.