"La Divine Beauté": quand la papauté encourageait l'art sacré entre 1850 et 1960

"La Divine Beauté": quand la papauté encourageait l'art sacré entre 1850 et 1960
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"La Divine Beauté": quand la papauté encourageait l'art sacré entre 1850 et 1960 - © www.palazzostrozzi.org/?lang=en

Alors que l'art sacré était tombé en désuétude après le siècle des Lumières, la papauté encouragea une nouvelle génération de peintres (Chagall, Picasso, Van Gogh) à représenter le divin avec leurs yeux, des tableaux souvent peu connus à redécouvrir à Florence.

Intitulée "La Divine Beauté, de Van Gogh à Chagall et Fontana", cette exposition, au Palais Strozzi jusqu'au 24 janvier 2016, regroupe une centaine d'oeuvres d'artistes contemporains.

"Quand vous parlez d'art sacré, vous pensez plutôt à des oeuvres baroques", or il a perduré jusqu'à l'ère contemporaine, même si c'est moins connu, affirme à l'AFP l'une des commissaires de l'exposition, Ludovica Sebregondi.

Du "Christ sur la croix" (1896-1897) de Picasso à la "Crucifixion blanche" (1938) de Chagall, en passant par une "Pietà" (1890) de Van Gogh: l'art sacré a effectivement intéressé tous les peintres de l'avant-garde.

Peintures, dessins et sculptures, du naturalisme au symbolisme, du réalisme à l'abstraction... C'est tout un aspect de l'art religieux qui est dévoilé dans cette exposition, à l'initiative notamment des Musées du Vatican et de l'Archevêché de Florence.

Cette "renaissance" de l'art sacré ayant conduit ces peintres plutôt portés aux paysages ou aux portraits à représenter l'histoire religieuse, est en fait la volonté d'un pape.

Pie IX (1792-1878), un Italien aux idées libérales, fut l'artisan de cette petite révolution culturelle, qui conduisit ces artistes à peindre des Crucifixions, des Vierges ou la trahison de Judas.

Mais, nouveauté par rapport à l'art ancien: ces figures sacrées, ces épisodes de la Bible, servent avant tout à illustrer des tragédies personnelles ou les horreurs des deux guerres mondiales.

"Cette exposition va à l'encontre de l'idée selon laquelle pendant 150 ans, la foi n'a plus été un objet d'attention de la part des artistes", souligne le cardinal-archevêque de Florence, Giuseppe Bettori.

Cependant, ce renouveau ne dura qu'un siècle, jusqu'au pontificat de Paul VI (1963-1978).

En appelant à "l'amitié entre l'Eglise et les artistes", ce pape se prononça pour un retour à la tradition, dans une tentative de freiner l'élan en cours, qui intervint cependant trop tard pour éviter certaines provocations.

Ainsi, le Norvégien Edvard Munch, dont le plus célèbre tableau est "Le Cri", produit entre 1895 à 1902 une série époustouflante de peintures de Marie, dont on ne voit que le buste dénudé, et dont l'expression sur le visage varie entre "extase érotique et sursaut de l'agonie".

Dans une deuxième version de ce même travail, la figure de la Vierge est encadrée par un filet de sperme qui se termine en foetus, presque un squelette, comme un écho au "Cri".

"La Madone de Munch peut sembler déconcertante mais c'est une oeuvre empreinte de beaucoup de spiritualité, dans laquelle l'artiste transcende la religion d'une manière très personnelle, très emblématique", explique l'autre commissaire de l'exposition, Anna Mazzanti.

Autre provocation, voire blasphème, "Le Christ sur la croix" de Pablo Picasso, une peinture à l'huile et au charbon, exécutée en 1896 quand il n'a que 15 ans, choqua les critiques car ils virent dans le visage du Christ un tête de chien ou de loup.

Mais le clou de l'exposition est la "Crucifixion blanche" de Chagall, que le pape François classe parmi ses oeuvres favorites. Cette huile sur toile témoigne de la peur et de la souffrance des Juifs durant les attaques perpétuées contre eux pendant la "Nuit de Cristal".

Jésus y est dépeint sur la croix, mais son pagne est remplacé par un châle de prière et sa couronne d'épines par un bandeau qui se ferme par un noeud sur le cou.

Près de la Croix, un nazi brûle une synagogue, tandis qu'à ses pieds, une barque transporte des réfugiés en train de fuir, en écho aux migrants d'aujourd'hui.


Belga