La Cité des Sciences, à Paris, une trentenaire dans le vent de l'innovation

L'institution s'est installée au nord-est de Paris dans un immense bâtiment en béton construit à la fin des années 1960
L'institution s'est installée au nord-est de Paris dans un immense bâtiment en béton construit à la fin des années 1960 - © xc/shutterstock.com

Cela a failli être la salle des ventes d'un abattoir parisien. C'est devenu "le vaisseau amiral de la culture scientifique en France", selon son président. La Cité des Sciences fête ses 30 ans dimanche avec près de 90 millions de visiteurs au compteur.

"Comme le Centre Pompidou, elle est née de l'élan de modernisation profonde du secteur culturel français", souligne Bruno Maquart, président d'Universcience - qui regroupe la Cité et le Palais de la Découverte - dans un entretien à l'AFP.

"Elle interroge la science dans ses relations avec la société". La Cité a présenté 336 expositions et organisé plus de 1.000 conférences depuis son ouverture.

Le 13 mars 1986, jour de la rencontre entre la sonde européenne Giotto et la comète de Halley, cet établissement public, destiné à faire partager les sciences au plus grand nombre, est inauguré par le président François Mitterrand.

L'espace ne manque pas: l'institution s'est installée au nord-est de Paris dans un immense bâtiment en béton construit à la fin des années 1960. Il devait servir à commercialiser la viande des abattoirs de la Villette mais n'a jamais ouvert ses portes.

Les abattoirs eux-mêmes sont fermés en 1974. Et trois ans plus tard, le président Valéry Giscard d'Estaing décide de faire de ce parallélépipède monumental un musée des sciences. L'architecte Adrien Fainsilber se charge de métamorphoser le lieu. Il pose juste à côté la Géode, une grande sphère miroitante abritant un amphithéâtre à donner le vertige et un écran hémisphérique de 1.000 mètres carrés.

"Il ne s'agit pas d'un musée mais d'une +cité+, d'un lieu d'interaction" avec le public", déclare à l'époque le professeur de physique Maurice Lévy, concepteur du projet culturel et premier président de l'établissement.

Le succès est immédiat. Très novatrice, la Cité des enfants, accessible à partir de deux ans, est ouverte en 1992. Depuis elle a essaimé dans huit pays.

'Atelier de bricolage du XXIe siècle'

"Nous sommes un musée de la nouveauté, une vitrine de l'innovation", relève Bruno Maquart, en fonction depuis juillet. La Cité des Sciences et de l'Industrie vient de présenter le coeur artificiel de Carmat. Elle montrera bientôt les voitures sans conducteur et prépare un festival des drones.

A ce jour, la Cité a reçu 89 millions de visiteurs. 2005, avec l'exposition Climax sur le changement climatique, est la meilleure année en terme de fréquentation. 2014 la seconde.

En revanche, 2015 a été marquée par une baisse du nombre de visiteurs, notamment scolaires, après les attentats parisiens de janvier et de novembre. Et par un violent incendie dans une travée en travaux, qui a nécessité la fermeture de l'établissement pendant sept semaines. Tous les espaces ne sont pas encore rouverts.

"Le sinistre nous a coûté entre 3 et 5 millions d'euros, entièrement pris en charge par les assurances", précise M. Maquart. Tout cela lui a donné l'idée de faire une exposition sur le feu en 2017.

L'âge moyen des visiteurs est de 27 ans. "Nous souhaitons que la Cité devienne un lieu de sortie pour les jeunes adultes", indique M. Maquart, qui va lancer des soirées pour les 18-30 ans.

Il compte aussi ouvrir un espace permanent dédié aux jeux vidéo dans les 18 mois.

La Cité doit être "un lieu où l'on fait, pas seulement où l'on voit et où l'on touche". Une sorte d'"atelier du bricolage du XXIe siècle", s'appuyant sur tout ce qu'offre le numérique.

Ne craignant pas le débat, elle a organisé des expositions sur la sexualité (le "Zizi sexuel"). Et n'entend pas "rester les bras ballants" face au scepticisme "étonnant" à l'égard des vaccins.

"Notre établissement a pour mission d'oeuvrer à réconcilier les Français avec le progrès."

"Dans les vingt ans qui viennent, il va se produire beaucoup de choses" dans le domaine des sciences et des technologies. "La Cité doit être en position d'éclairer le public" sur ce qui peut se passer", estime-t-il.