L'Homme de Cro-Magnon réhabilité sur le site de sa découverte

L'Homme de Cro-Magnon réhabilité sur le site de sa découverte
8 images
L'Homme de Cro-Magnon réhabilité sur le site de sa découverte - © JEAN-PIERRE MULLER - AFP

L'Homme de Cro-Magnon n'était pas une brute épaisse : c'est le message que veulent faire passer les concepteurs d'un nouveau site muséologique qui doit ouvrir pour Pâques en Dordogne, sur le lieu même de sa découverte, en 1886.

Figure emblématique de la Préhistoire, l'Homme de Cro-Magnon n'était pas "un grand Tarzan d'un désert glacé", pas plus qu'un "paléo-clochard", martèle Gilles Delluc, anthropologue rattaché au Muséum national d'histoire naturelle de Paris qui avec sa femme Brigitte, a apporté son expertise au projet.

L'Abri Cro-Magnon, au coeur du village des Eyzies-de-Tayac, "capitale mondiale de la Préhistoire", "est la première sépulture reconnue d'Homme moderne (Homo Sapiens) datant d'une époque préhistorique", rappelle Estelle Bougard, docteur en Préhistoire, qui va prendre la direction du site tout nouvellement aménagé.

La découverte de la sépulture remonte à 1886. Les restes humains - ceux de trois hommes, d'une femme et d'un enfant - sont datés d'environ 28.000 ans. Ils sont aujourd'hui précieusement conservés au Muséum national d'histoire naturelle.

Sur le site même de la découverte, au pied de la falaise qui surplombe la vallée de la Vézère, seule subsistait jusqu'à présent une large cavité, vide, mais classée Monument historique puis au Patrimoine de l'Unesco.

Là où la Préhistoire a commencé

Jean-Max Touron, qui exploite déjà cinq sites touristiques en Périgord, dont La Roque Saint-Christophe, a "saisi l'occasion" lorsque trois maisons juste en face de l'abri se sont retrouvées en vente en même temps, pour élargir son patrimoine préhistorique.

Doté d'un budget de 700.000 euros, hors achat foncier, a précisé M. Touron lors de la présentation à la presse, le musée de l'Abri de Cro-Magnon pouvait voir le jour : un concept à la fois ludique et pédagogique qui fait largement appel aux nouvelles technologies.

"Un des challenges de l'aménagement était de savoir comment faire revivre un lieu où il n'y a plus rien", confie Estelle Bougard.

A quelques pas d'un autre abri célèbre, l'Abri Pataud, du Musée national de Préhistoire ou encore du Pôle international de la Préhistoire, cette initiative privée "peut aider à la découverte d'autres sites qui ont des choses authentiques à montrer", explique sa directrice.

"C'est ici que l'histoire de la Préhistoire a commencé", confirme la préhistorienne Brigitte Delluc.

Le nouveau petit musée évoque bien sûr l'histoire du lieu, replace la découverte dans le contexte de l'évolution humaine et surtout entend favoriser la rencontre avec l'homme préhistorique, en corrigeant l'image caricaturale qui en est souvent donnée.

"L'Homme de Cro-Magnon, c'est déjà nous, dans un contexte matériel différent", souligne Estelle Bougard.

Une langue évoluée

Un film hologramme raconte en une dizaine de minutes la vie d'une famille de Cro-Magnon sur une année. "Une vraie famille d'êtres humains qui savaient coudre, peindre, parler", précise le réalisateur Jonathan Labbé.

Pour faire parler les comédiens, les concepteurs ont pris le parti d'inventer une langue, inspirée du navajo, une des premières langues amérindiennes.

"On est certain que les hommes préhistoriques parlaient et avaient même une langue évoluée", indique Brigitte Delluc. "Ils avaient tout pour le faire" et étaient capables de transmettre des techniques très élaborées, impossibles à transmettre par la seule imitation, explique-t-elle.

L'historienne assure que les reconstructions du musée s'appuient sur des connaissances historiques et que "les inventions complètement inacceptables" ont été bannies.

Jean-Max Touron a aussi aménagé un sentier qui grimpe en haut de la falaise, jusqu'à un belvédère où seront installées "des jumelles à réalité augmentée" : des images d'hommes préhistoriques viendront "habiter" le très beau paysage de la Vallée de la Vézère.

A l'époque, il ressemblait davantage à un paysage de plaines herbeuses, avec beaucoup moins d'arbres et des falaises bien à nu, décrit Brigitte Delluc.

C'est "la première fois que le site qui a donné son nom à l'Humanité moderne est valorisé", a déclaré de son côté Gilles Muhlach-Chen, directeur du Pôle International de la Préhistoire, interrogé par l'AFP. Encadrée par un Comité Scientifique et Technique, cette mise en valeur de l'Abri Cro-Magnon "entraîne une dynamique qui permet sa protection", estime-t-il.

La Vallée de la Vézère regroupe pas moins de 15 sites classés au patrimoine mondial, dont Lascaux, la grotte ornée la plus célèbre au monde.

"L'économie du territoire repose aujourd'hui sur le tourisme", lié à ses paysages et à la Préhistoire, souligne Philippe Lagarde, le maire du village des Eyzies.

 

AFP Relax News