"L'art habite la ville": à Mons, fenêtres aveugles et pignons s'offrent aux artistes

Céleste Gandolphe s'inspire des hommes de feuilles, acteurs du combat dit Lumeçon
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Céleste Gandolphe s'inspire des hommes de feuilles, acteurs du combat dit Lumeçon - © Ville de Mons

L’art urbain est entré en force dans la ville depuis Mons 2015. Et depuis, la cité du Doudou continue sur sa lancée. Cette année, avec le deuxième volet de l’opération "L’art habite la ville", 17 fresques urbaines seront réalisées d’ici le début de l’automne. En parcourant les rues, on rencontre donc en ce moment des artistes perchés sur leur élévateur, pinceau à la main. Le parcours commence dans le quartier de la gare, une partie de la ville que le bourgmestre Nicolas Martin qualifie pudiquement de "difficile". De nombreux commerces ont fermé leurs portes ces dernières années, la police a intensifié sa présence pour faire baisser la criminalité mais la ville veut mener également des actions positives : "je crois que l’art urbain est un vecteur idéal pour transformer les quartiers. On l’a vu dans des villes comme Berlin ou plus près de nous, Charleroi". En investissant les chancres mais aussi de beaux bâtiments, Mons veut donc faire coup double : embellir l’environnement des habitants et s’inscrire dans la communauté des "street art cities".

Françoise Ladeuze est commerçante dans le quartier, le pignon de sa jolie boutique accueille une œuvre et elle en est ravie. "J’avais depuis longtemps le projet de faire quelque chose d’interactif sur ce mur". Est-ce que ces fresques permettront d’aider le quartier à se relever ? "Je crois que ça ne suffira pas, ça doit être suivi par autre chose, des indications par exemple… On attend… " répond la commerçante.

En attendant que ce parcours d’artistes à ciel ouvert ne soit tout à fait complet, on peut déjà faire un petit tour de ce qui existe déjà à Mons et repérer les lieux qui seront bientôt transformés.

Mythes et légendes dans le quartier de la gare

"Le miracle de Sainte-Waudru", rue des Capucins, 63

L’artiste parisien Honet s’est plongé dans l’histoire de la ville et de sa fondatrice, Sainte-Waudru. Sur les fenêtres aveugles des trois étages d’un ancien magasin de costumes, un des miracles de la sainte se raconte à la façon d’un vitrail. La ligne claire évoque la bande dessinée, les formes renvoient à l’iconographie religieuse mais l’œil attentif relèvera des détails insolites, des symboles chers à l’artiste. Déjà réalisé.

Les Hommes et enfants de feuilles du Combat dit Lumeçon, rue des Capucins, 40

Céleste Gandolphe a commencé à tracer les centaines de feuilles de lierre qui couvriront une partie de la façade d’une jolie boutique de la rue. Ces feuilles évoquent pour les Montois les célèbres hommes de feuilles, gardiens de la queue du dragon. Des visages surgissent du feuillage. Le vôtre aussi, puisque Céleste Gandolphe installe dans sa fresque un petit miroir à hauteur du spectateur. Travail en cours de réalisation début juillet.

"L’envol des ballons", rue de l’Athénée

Le collectif 10emeArte (Almuneda Pano et Elisa Sartori) s’exprimera sur la façade de cette rue étroite, en face de l’entrée de l’école. Des motifs tout en arrondis et aplats de couleurs, inspirés d’u moment clé de la ducasse de Mons, cet instant où le dragon fait son entrée sur la Grand-Place en détachant d’un grand coup de queue, un immense bouquet de ballons. Un envol arrivé la première fois par accident et désormais entré dans la tradition. Réalisation prévue en août.

Le combat de Saint-Georges et du Dragon, rue des Capucins, 11

La façade massive d’un magasin de luminaire accueillera un combat dans lequel les acteurs seront représentés par des animaux. Le folklore montois fait donc son entrée dans le bestiaire de l’artiste espagnol Antonio Segura Donat, dit Dulk. Réalisation prévue en septembre.

 

Célébrités et patrimoine

Magasin Petit pois, rue de Nimy

Le couple d’artistes Jana&Js se sont représentés aux fenêtres de l’étage de ce magasin de la rue de Nimy. Tous deux sont appuyés contre le mur, il nous regarde et elle regarde le ciel, le visage à demi masqué derrière une feuille qui évoque la plante d’appartement. En décor de fond, la façade gothique de l’hôtel de Ville de Mons. "L’architecture est très présente dans notre travail mais c’est l’humain qui reste notre thème principal" explique Jean-Sébastien. L’histoire de ce couple ? A vous de l’imaginer… Notre histoire peut-être, celle de tous ceux qui ont récemment passé des semaines à regarder la vie et le ciel depuis leurs fenêtres…

Poni et les étudiants Montois

Parmi les œuvres annoncées, on sera attentif à la réalisation de l’artiste mexicaine Poni (Hilda Palafox) en septembre, sur un mur aveugle du piétonnier. Quant aux étudiants montois d’Arts², ils auront l’occasion de s’exprimer sur la façade latérale d’un magasin de la même rue, en octobre prochain.

Art sur commande, art pour tous mais art qui interroge

La ville de Mons a donc fait ce choix d’inviter des artistes et de leur commander des œuvres à thème. Baptiste Fiore et son équipe de BF Studio sont chargés de l’organisation et de la coordination de ce programme. Pour lui, l’installation d’œuvres dans l’espace public nécessite de trouver un équilibre: "il faut susciter la réflexion mais pas la polémique. Il faut tenir compte de l’environnement de l’œuvre mais j’espère que cet art, en rue va éveiller l’attention et peut-être des vocations". Exemple d’un travail qui interroge le passant, l’œuvre de Levallet.

L’homme des cavernes, Rue de Houdain, 1

L’homme moderne a-t-il oublié d’où il vient ? C’est la question que semble nous poser Charles Leval, dit Levallet. Dans trois fenêtres aveugles se découpent des silhouettes aux postures contemporaines, smartphone et petite mallette, costume et posture sérieuse. Mais assis sur le rebord, le même personnage a pris les attitudes d’un homme préhistorique. Celui-là même qui au néolithique taillait des silex à Spiennes, à quelques kilomètres d’ici.

Programme complet des œuvres de "L’art habite la ville" déjà présente et programme des visites guidées sur le site de Visit Mons.