Klaus Rinke et l'Ecole de Düsseldorf à Tours: une exposition fleuve

A deux pas de la Loire, un enchevêtrement de tuyauteries translucides branché sur des pompes fait circuler dans quatre immenses jarres les eaux des grands fleuves européens: l'artiste allemand Klaus Rinke réinvente à Tours un dispositif créé en 1985.

Dans la grande nef du Centre de Création Contemporaine Olivier Debré (CCCOD) de Tours, les eaux du Tage au Danube en passant par la Loire ou le Rhin se mélangeront ainsi sans relâche jusqu'au 1er avril 2018. Depuis la fin des années 1960, l'eau est le matériau principal de Klaus Rinke comme mesure et vecteur à la fois du temps et de l'espace.

Cette "réactivation" à Tours, ou plutôt la réinterprétation, du dispositif artistique de "L'Instrumentarium", créé en 1985 au Centre Pompidou à Paris, est présentée cette fois dans un tout autre contexte: dans une Europe confrontée aux crises migratoires, à la tentation du repli sur soi, du Brexit... L'artiste précise qu'il s'est vu refuser d'emporter l'eau de la Tamise... 

A l'étage du CCCOD, c'est sur les rives du Rhin que Klaus Rinke invite le visiteur, et plus précisément à Düsseldorf où il a été professeur et même recteur-adjoint de la Kunstakademie. Mythique, et connue sous le nom "d'Ecole de Düsseldorf", la Kunstakademie est depuis l'immédiat après-guerre au centre d'un foisonnement créatif unique au monde.

A travers des oeuvres d'une trentaine d'artistes, l'exposition "düsseldorf mon amour" fait dialoguer une mémoire vivante, celle de Klaus Rinke, avec des oeuvres et des artistes qui ont façonné cette école hors norme. Il n'y a pas de "style Düsseldorf" mais un esprit, grâce à une multiplicité de pratiques, de mediums et de styles.

Creuset de toutes les formes de création, la ville rhénane a ainsi vu passer John Cage, Daniel Buren, Günther Uecker, Yves Klein ou Gerhard Richter... Au centre du maelström jusqu'en 1972 : Joseph Beuys. Lui-même étudiant de la Kunstakademie de 1945 à 1954, il a provoqué une profonde remise en question de la création et de l'enseignement artistique, avec pour devise "chaque homme est un artiste !".

Donnant une juste idée de la folie qui hantait la Kunstakademie, l'exposition s'ouvre sur une photo monumentale de Klaus Rinke et Günther Uecker déambulant dans les couloirs de l'institution... à dos de chameau.


AFP