Joel-Peter Witkin au Musée de la Photographie à Charleroi

Witkin à Charleroi, c'est l'expo choc du moment. Joel-Peter Witkin est le photographe de tous les extrêmes, metteur en scène de la vie et de la mort. De la chair et de la diversité des corps. Du morbide et du religieux. Un artiste qui revendique sa foi chrétienne et son romantisme...

6 images
Joel-Peter Witkin Gods of Earth and Heaven, 1988 © JP Witkin, baudoin lebon

Une oeuvre intimement liée au parcours de l'homme

Joel-Peter Witkin ( New-York 1939) est né d'un père juif d'origine russe et d'une mère catholique pratiquante d'origine italienne. Cela influencera sa réflexion religieuse. Il étudie l'histoire de l'art, ce qui lui donne une connaissance approfondie de la peinture et de la sculpture classiques et de la mythologie. Plus tard, il sera photographe de guerre au Vietnam. Enfant, il est témoin d'un accident de voiture au cours duquel la tête d'une petite fille roule à ses pieds. Une image qui le marquera à vie.

Ces éléments biographiques sont une porte d'entrée dans cet univers ambigu, à la fois fascinant et malaisant, dont la vertu, comme l'écrit le directeur du musée Xavier Canonne, "est peut-être par-delà sa fascination pour la laideur et la différence, d'en vouloir exalter la beauté, de la rendre acceptable au regard de l'autre et de rendre familières ces figures troublantes à travers les monuments de l'art et de la mythologie".  

6 images
Joel-Peter Witkin, The Graces, Los Angeles, 1988 © JP Witkin, baudoin lebon

L’exposition "Le grand Atelier de Joel-Peter Witkin" présente une centaine de photographies 

L'exposition qui balaie les 40 années de photographies de l'artiste, s'articule autour de ses thématiques de prédilection: la mort, la religion, le mythe et l’allégorie. Joel-Peter Witkin a une mission: "montrer la merveille de la vie dans toutes ses apparences et notre conscience de sa part divine".

Notre fascination vient aussi du travail incroyablement minutieux dans la composition de l'image, sans manipulations numériques, et des interventions sur le support. La pellicule est souvent grattée, griffée, certains tirages sont rehaussés à l'encaustique et à la cire d'abeille. Chaque photographie et conçue comme un tableau (d'où le titre de l'exposition) et Witkin impose une mise à distance, nous montre la théâtralisation de la scène en laissant apparaître sa fabrication: il nous montre la toile de fond ou il laisse des pieds de projecteurs dans le champ. L'artifice se mêle à la réalité la plus crue. Chaque image, explique son galeriste Baudoin Lebon, se constitue sur une période de six mois à un an. Des dessins préparatoires jusqu'au tirage final. 

6 images
Joel-Peter Witkin The studio of the painter, Courbet, Paris, 1990 © JP Witkin, baudoin lebon
6 images
Joel-Peter Witkin Courbet in Rejlander’s Pool, New Mexico, 1985 © JP Witkin, baudoin lebon

Des figures mythologiques et bibliques

Courbet, Boticelli, Les Ménines de Velázquez, Hercule, la Vénus de Médicis, Les 3 Grâces déesses du charme, de la beauté et de la créativité, le Christ, saint François d'Assise... autant de références à l'histoire de l'art, la mythologie et la religion que Joel-Peter Witkin emprunte et recrée, mêlant sacré et profane. Avec aussi un discours moral, politique ou satirique dans certaines créations. Par exemple Le Radeau de George W Bush, une version du Radeau de la Méduse de Géricault montrant Bush et son administration dans le naufrage de son mandat. Ou Planète de l'amour troublé qui contient un texte sur la domination masculine. Le désastre écologique est aussi commenté avec Mère du Futur, femme allongée avec un masque à gaz, relecture de la Vénus d'Urbino de Titien. L'humour s'infiltre aussi pour les initiés, comme dans la photo Cupide and Centaure au Musée de l'Amour (ci-dessous) où il reprend  la célèbre sculpture grecque Centaure et Cupide qui figure Cupidon, symbole de l'amour, chevauchant le Centaure, symbole de la brutalité, dont il a lié les mains. Dans la version de Witkin, l'amour n'est plus fait que de reliques et de souvenirs... conservés au musée. 

Une exposition percutante d'un artiste unique. Le Musée de la Photographie tient à avertir que certaines images sont susceptibles de heurter la sensibilité des visiteurs.

6 images
Joel-Peter Witkin Cupid and Centaur in the Museum of Love, Marseille, 1992 © JP Witkin, baudoin lebon

En pratique : 

Le grand Atelier de Joel-Peter Witkin

jusqu'au 16 mai 2021

Musée de la Photographie

Avenue Paul Pastur 11, 6032 Charleroi

Réservation obligatoire