Jo Delahaut : l'ivresse des couleurs

Jo Delahaut, Immense incertain n°1, 1960. Huile su toile.
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Jo Delahaut, Immense incertain n°1, 1960. Huile su toile. - © Collection Belfius Banque. SABAM Belgium 2013, photo Luc Schrobiltgen

Représentant majeur de l’abstraction belge et chef de file de l’art construit en Belgique, Jo Delahaut n’avait plus fait l’objet d’une rétrospective depuis 1990. A l’occasion du centenaire de l’Athénée Fernand Blum, où il a enseigné pendant 25 ans ainsi qu’à La Cambre, la Maison des Arts de Schaerbeek et le Botanique se sont unis pour rendre hommage au maître de l’abstraction géométrique et au professeur en arts plastiques qui disait : « Je n’ai jamais essayé d’enseigner la peinture. Mais j’ai essayé d’aider ceux qui sont peintres à se trouver et à assumer leur condition de peintre. »

Depuis quatre ans, la Maison des Arts de Schaerbeek, cachée dans une cour à l’arrière d’une maison de maître, accueille des événements culturels divers. Des artistes plasticiens sont régulièrement invités à investir les salons du 19e siècle avec des oeuvres contemporaines et installations créées spécialement pour le lieu. Sont déjà passés par là Bob Verschueren et ses installations éphémères en végétaux, la plasticienne Marie-Jo Lafontaine et ses oeuvres multimédia, la céramiste Marie Chantelot et ses tapisseries de porcelaine et, tout récemment, Jacques Dujardin et ses sculptures en crépinette.

 

Aujourd’hui, les salons intimistes de ce lieu paisible qui gagne à être connu du public, accueille selon un parcours thématique, l’exposition « Jo Delahaut - L’art et l’être », consacrée à l’œuvre sur papier de l’artiste, à savoir ses dessins, sérigraphies, gouaches, collages, linogravures et même reliures. Dans le premier salon, sont rassemblées les œuvres en noir et blanc, des encres sur papier qui révèlent les recherches graphiques de l’artiste. Dans le salon rose, place aux couleurs des sérigraphies, avec des plages de tons purs et vifs qui se répondent dans des contrastes harmonieux. « La couleur est la lumière de l’âme », considérait l’artiste. Dans la bibliothèque aux rayonnages patinés de vert, sont exposées de délicates reliures, des cartes de vœux envoyées aux amis proches et différents ouvrages pédagogiques du peintre.

 

Au Botanique, l’expo « Jo Delahaut – Hors limites » retrace pas à pas la carrière riche et foisonnante de ce chef de file de l’abstraction construite belge, en partant de l’immédiate après-guerre. Dans les années 40, Delahaut se détache en effet de la réalité et opte pour l’abstraction. Il se fixe un langage pictural accessible à tous, dont les mots d’ordre sont couleur, géométrie et rigueur. Il investit aussi l’espace public (cf. la station Montgomery). Ses compositions se réduisent progressivement à l’essentiel  – « Pour préserver l’essentiel, se dépouiller de l’inutile », disait l’artiste –, introduisant aussi la ligne dans des œuvres plus graphiques. Il fait ensuite diverses expériences sculpturales, réalise de multiples objets d’artisanat (tapis, foulards, assiettes) et s’amuse à réaliser des montages aussi ludiques que des jeux d’enfants.

 

« Si je devais choisir entre le Parthénon et les pyramides, je choisirais les pyramides », répète à plusieurs reprises Jo Delahaut dans le documentaire réalisé par Etienne Sevrin (RTBF) en 1983, et visible dans le cadre de l’exposition. L’artiste joue avec volupté avec les formes, les ronds, les carrés, les polygones et démontre par ses œuvres que l’art abstrait n’a rien de glacial et qu’il y a moyen de susciter des émotions avec un minimum de moyens. Cette extrême simplicité recherchée se décline en plages colorées, unies et sans imperfection. Des aplats épurés qui éliminent de manière absolue toute notion de volume.

 

Mais l’exposition n’est pas une simple rétrospective puisque neuf artistes de la scène artistique belge, qui s’inscrivent dans la filiation de Delahaut, sont mis en perspective, pour créer un dialogue harmonieux entre les œuvres. Et la modernité de l’œuvre de Delahaut n’en est que plus palpable. Se côtoient ainsi, Jeanine Cohen, Edith Dekyndt, Ann Veronica Janssens, l’Atelier Pica Pica, Perry Roberts, Pieter Vermeersch, Ane Vester, Bernard Villers et Léon Wuidar, grand ami de Delahaut, dont la volonté était d’introduire l’art dans l’architecture.

 

Au Botanique et à la Maison des Arts de Schaerbeek jusqu'au 3 novembre 2013.

 

Pascale Navez