"Je suis un sauvage", portrait original et précis de Gauguin en version animée

"Je suis un sauvage", film d'animation de Marie-Christine Courtès, dresse un portrait original et précis du peintre Paul Gauguin, à découvrir actuellement dans l'exposition "Gauguin, L'Alchimiste" au Grand Palais.

La carrière de peintre de Paul Gauguin (1848-1903) commence tardivement, à la fin des années 1870, après avoir embrassé une carrière militaire dans la marine nationale puis d'agent de change à la Bourse de Paris. 

Marié à une Danoise, il mène une vie de bourgeois, avec leur cinq enfants, quand il est introduit dans le milieu des impressionnistes. Il se lie aux peintres Camille Pissarro et Edgar Degas, collectionne des oeuvres, se met à peindre et à sculpter pour bientôt se consacrer entièrement à la peinture.

"Il a largué les amarres les unes après les autres", relève la narratrice, la comédienne Camille Japy, dans "Je suis un sauvage", visible dans l'exposition "Gauguin, L'Alchimiste" jusqu'au 22 janvier. Luc Clémentin, comédien de théâtre, y prête sa voix à Gauguin.

La réalisatrice Marie-Christine Courtès explique s'être particulièrement penchée "sur ses écrits de fin de vie, son journal du séjour polynésien Noa Noa, et sa correspondance". La journaliste est l'auteur de "Sous tes doigts", remarquable court métrage d'animation nominé aux Césars en 2016 et aux Oscars en 2017, sur le destin des réfugiés d'Indochine.

"Nous avons cherché à proposer un univers visuel qui dialogue avec l'oeuvre de Gauguin", explique la réalisatrice, soulignant qu'il lui fallait éviter le piège de "tenter de faire du Gauguin". "Je voulais malgré tout que l'on parte des techniques utilisées par l'artiste", ajoute-t-elle.

'L'homme n'est pas aimable'

Avec ses deux auteurs graphiques, Souad Wedell et Ludivine Berthouloux, elles ont choisi d'utiliser la technique de "peinture animée sur un canevas" qui sert de fil conducteur au récit, "jalonnant le film en quatre étapes jusqu'à sa mort", précise-t-elle.

Et selon les séquences, pour les flash-backs ou des évocations plus oniriques de son univers, elles ont eu recours à du dessin au trait au crayon, à l'encre, de l'aquarelle, du fusain. 

"Ces techniques ne devaient pas être totalement étrangères aux images d'archives, photos et images tournées aujourd'hui, retravaillées de façon à gommer la facture actuelle", poursuit-elle, "la difficulté était de trouver une unité artistique".

Quant à la restitution historique du personnage, le film, précis et juste, ne véhicule pas "cette légende de Gauguin l'aventurier du bout du monde qu'il a lui-même créée", souligne-t-elle. "C'est une existence très romanesque, mais l'homme n'est pas aimable, il est complexe, parfois fascinant, parfois odieux."

"Cela me gêne qu'on l'idéalise", dit-elle aussi, à propos du long métrage "Gauguin", film de Édouard Deluc où le peintre est incarné par Vincent Cassel. "On peut faire de Gauguin un héros de film mais la vérité est que la jeune Tahitienne qu'il a épousée avait bien 13 ans, et d'en faire une jeune femme quasiment majeure, c'est gênant."