Harry Gruyaert, photographe d'un monde en couleurs depuis cinquante ans

Harry Gruyaert, photographe d'un monde en couleurs depuis cinquante ans
Harry Gruyaert, photographe d'un monde en couleurs depuis cinquante ans - © CHRISTOPHE SIMON - AFP

Il s'est épanoui dans la couleur quand la photographie se conjuguait en noir et blanc. A 76 ans, le photographe belge Harry Gruyaert est plus sollicité que jamais, avec ses clichés à l'intensité très cinématographique, nés au gré de ses voyages.

Après la sortie courant octobre d'"East/West" (ed. Textuel) rassemblant des photos de Las Vegas et de Moscou dans les années 80, il sera jeudi au "Paris Photo", premier salon photographique mondial, pour parler de la couleur en photographie avant une exposition au printemps à Anvers, sa ville natale.

"Les lieux sont reliés à une certaine palette, à une certaine lumière", explique lors d'un entretien à l'AFP celui qui s'est mis à la couleur dans les années 70, à une époque où ce genre était peu considéré et la qualité de tirage pas toujours au rendez-vous.

Armé d'un appareil et de films Kodachrome dont il loue "la sensualité et les noirs profonds", il voyage à travers le monde (Inde, Egypte, Japon, Etats-Unis...), saisissant les couleurs des pays qu'il visite, notamment le Maroc, qui l'a marqué à jamais.

Rapidement, il acquiert la conviction que la couleur correspond davantage à sa façon de voir, même s'il s'essaya un temps au noir et blanc dans les années 70 pour photographier son pays, la Belgique, qu'il a quitté à l'âge de vingt ans.

"Je savais que c'était un pays visuellement intéressant mais je ne voyais pas de couleurs, contrairement à l'Inde et au Maroc. Après un an ou deux, j'ai commencé à voir la couleur et l'intérêt de la banalité", explique le photographe, entré en 1982 à l'agence Magnum.

A l'époque, certains lui reprochent de ne pas avoir le profil pour appartenir à la prestigieuse agence créée par Henri Cartier-Bresson et Robert Capa, avec ses photos plus documentaires que journalistiques, peuplées d'individus de dos ou souvent en partance, de rivages (le titre d'un de ses livres), de ruelles sombres et de cafés aux couleurs saturées.

'Pas d'idée préconçue'
"Je suis le moins journalistique des photographes, je n'ai même pas fait une image de manif. Mes influences sont le cinéma - en particulier le cinéaste italien Michelangelo Antonioni et son premier film en couleurs "Le Désert rouge" (1964) ainsi que la peinture -", dit-il, en se remémorant un paysage marocain lui faisant penser à un tableau de Brueghel.

S'il admire des photographes comme Cartier-Bresson - qui lui demanda un jour de coloriser ses photos au pastel (il refusera)-, c'est dans la même mouvance que les Américains Joel Meyerowitz, Stephen Shore ou William Eggleston, pionniers de la couleur, qu'il va s'inscrire, décrivant ses images comme "un mélange entre les gens, l'architecture, les paysages et la lumière".

"L'un n'est pas plus important que l'autre. Quand je prends des photos, je n'ai pas d'idée préconçue, je fais les choses par magnétisme, ce qui m'attire c'est le mystère", souligne-t-il.

Son travail est désormais largement reconnu: une grande exposition lui a été consacrée en 2015 à la Maison européenne de la Photographie (MEP), il est exposé dans des galeries à Londres et à New York et a également participé à une campagne pour Hermès. Ses images sont également descendues en 2015 dans une quinzaine de stations du métro parisien.

A l'heure où la photo et la couleur sont partout, il garde ses distances avec les smartphones et les réseaux sociaux, tout en reconnaissant qu'il y a "des trucs formidables". "Si la qualité est bonne, pourquoi pas?"

Lui préfère le contact avec l'appareil photo et la "discipline de l'argentique". Il continue de puiser son inspiration dans les musées et les salles obscures.