Giorgio Morandi, regard sur l'infini.

Giorgio Morandi à Bozar jusqu'au 22 septembre 2013
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Giorgio Morandi à Bozar jusqu'au 22 septembre 2013 - © © RTBF - Pierre Badot - 2013

Il souffle un vent d’Italie sur le Palais des Beaux Arts. Grande rétrospective – une centaine d’œuvres - sur Giorgio Morandi, maître en natures mortes, aux teintes passées et énigmatiques. Et en voisin de salle, Antonioni, réalisateur. Forcément, ils étaient amis.

L’exposition est organisée chronologiquement et thématiquement, nous immergeant dans son évolution artistique, faite de constance, de cohérence et de simplification. Giorgio Morandi est né et mort à Bologne, entouré des ses trois sœurs avec qui, il vécut toute sa vie, en vieux garçon. Malgré la renommée internationale qu’il a connu de son vivant, il était fondamentalement sédentaire. Ce qui ne l’a pas empêché d’étudier les impressionnistes français, l’art italien ancien et de se tenir informé des courants plus avant-gardistes comme le cubisme, le futurisme et la " pittura metafisica ". Paul Cézanne, André Derain ou Pablo Picasso font partie de ses références. Il s’y essaye et interprète, ne disposant que de reproductions en noir et blanc, en apposant sa charte couleur, en développant son propre langage. En 1920, il établit son style, qu’il ne cessera d’affiner.

Bernardo Bertolucci se réfère à Borges, pour parler de son travail et le compare à l’Aleph " un point d’où on ne sait d’où, on peut voir en même temps des tas de choses du monde " " un point dont on peut épier l’infini ". Giorgio Morandi accordait beaucoup d’importance à la perception depuis qu’il avait lu les écrits de Le Corbusier. Et, toujours comme Le Corbusier, à la lumière. Les éléments de ses paysages se réduisent de plus en plus à leur essence, formes géométriques suggestives, hors du temps. Ses natures mortes, sont reconnaissables et intrigantes. Composées de bouteilles, de bols, de cruches, cela part dans des hauteurs, il y a parfois beaucoup d’objets puis cela se réduit. Sa palette de couleurs évoque la nostalgie, quelque chose de l’ordre des souvenirs, un art de la disparition.

J’ai visité l’exposition le jour même où la Tate Modern de Londres, lançait une grande question existentielle via Twitter. Y avait-il un œuvre d’art qui nous avait touchée au point de nous faire pleurer ? Si oui, laquelle ? J’ai pensé à Rothko. Ses dernières œuvres, les monochromes,  à la profondeur désespérée. Et cela m’a aidée à entrer dans l’exposition.

 

La rétrospective est tellement complète que j’ai failli passer à côté. Comme un livre lu au mauvais moment.  De son évolution constante, sans rupture de style, je n’y voyais que les répétitions, voire je m’y ennuyais. Répétition de paysages, répétition de natures mortes, répétition de fleurs…Parfois, il faut accepter ses limites du jour, à la contemplation. Et puis, face à une de ses natures mortes, plus sombres, l’isolant des autres, j’ai plongé dans son intensité, sa subtile évocation.

 

Stéphanie Etienne

En pratique

Exposition Giorgio Morandi jusqu’au 22/09/2013

Palais des Beaux-Arts - Rue Ravenstein - 1000 Bruxelles

Entrée : € 10,00 prix plein

Family kit à disposition pour les enfants conçu en partenariat avec les Jeunesses et arts plastiques

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