Giacometti et Peter Lindbergh : le même regard et les mêmes rides de la vie

L'exposition "Saisir l'invisible" s'ouvre mardi à l'Institut Giacometti
L'exposition "Saisir l'invisible" s'ouvre mardi à l'Institut Giacometti - © STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Le photographe allemand Peter Lindbergh a reçu carte blanche pour mettre en correspondance ses portraits de femmes avec l'oeuvre vibrante et expressive d'Alberto Giocametti, et rarement une telle convergence a été atteinte entre un sculpteur et un photographe.

Dans cette petite mais saisissante exposition "Saisir l'invisible" qui s'ouvre mardi à l'Institut Giacometti, dans l'ancien atelier de l'artiste près de Montparnasse, Peter Lindbergh a choisi d'exposer une sélection de ses photos en noir et blanc les plus expressives, pour les mettre en correspondance avec les silhouettes et visages aiguisés des plâtres, bronzes et dessins du grand artiste suisse mort en 1966.

Celui qui a travaillé notamment pour Vogue, Vanity Fair et The New Yorker sans jamais céder à la facilité esthétisante, a aussi photographié l'atelier de Giacometti et un choix de ses sculptures, les mêlant, les agrandissant, les faisant dialoguer avec l'ombre et la lumière, notamment dans un beau triptyque de photos de l'Homme qui marche.

Ce qui est frappant, ce qu'en agrandissant les visages minuscules des femmes de Giacometti, ceux-ci peuvent être découverts dans toute leur complexité fine et travaillée, et ressemblent étrangement à ceux inquiets saisis par le photographe. Dans ces agrandissements, on perçoit le génie de Giacometti à retranscrire les blessures et la noblesse d'un visage.

Ce qui frappe chez l'artiste allemand pionnier d'un nouveau réalisme dans la photographie de mode, c'est que le regard de ses femmes a la même intensité tragique que celles de Giacometti. Une correspondance insolite fait se rejoindre des artistes de deux générations qui, au premier abord, ont peu en commun dans leur appréhension de l'humain.

"Les rides, les pores sont visibles sur les visages sans maquillage de Lindbergh, rejoignant les visages, fendillés, travaillés au ciseau de Giacometti", note à l'AFP Serena Bucalo-Mussely, commissaire de l'exposition.

Auteure de plusieurs essais sur Giacometti, elle avait déjà été commissaire de l'exposition d'ouverture de l'Institut, "l'Atelier d'Alberto Giacometti vu par Jean Genet".

Sous une verrière lumineuse, l'Institut qui a ouvert en 2014 a su conserver l'ambiance de l'atelier, avec ses outils, son mobilier, ses murs couverts de dessins, des œuvres en plâtre et terre très fragiles, comme elles avaient été conservés par sa veuve Annette, décédée en 1993.

Cet atelier symbole de la vie artistique de Montparnasse a été immortalisé par des photographes comme Robert Doisneau ou Sabine Weiss.

Exposition du 22 janvier au 24 mars, 5 rue Victor Schoelcher, Paris XIVe