"Get Up, Stand Up!", l'affiche rebelle ou l'art de la révolte

“Get Up, Stand Up!”, l’affiche rebelle ou l’art de la révolte
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“Get Up, Stand Up!”, l’affiche rebelle ou l’art de la révolte - © Tous droits réservés

A l’occasion du très médiatique demi-siècle des soulèvements de Mai 68, le MIMA propose une nouvelle exposition très politique sur l’imagerie de la révolte.

 

Avant les réseaux sociaux et leur vitesse de propagation d’idées, la rue était le lieu d’expression favori des contestataires. Particulièrement coloré d’affiches durant les évènements de Mai 68, l’espace public a vu l’émergence d’un véritable médium : l’affiche engagée. L’exposition est un hommage à ce moyen d’expression politique et artistique et se compose de plus 400 affiches et objets venant de 30 pays ainsi qu’une installation de Julio Le Parc. Il s’agit d’une partie de la collection de Michael Lellouche, un friand d’art et d’histoire qui a assemblé en deux décennies cinq ans d’histoire de la désobéissance civile.

 

La voix du peuple avant Twitter, c’est l’affiche en mai 1968.

 

L’exposition débute par une fresque historique retraçant les divers soulèvements et émeutes à travers le monde avant d’arriver au coeur du sujet : Mai 68. Un mur placardé d’affiches et de photographies nous plongent dans l’atmosphère et le contexte de l’époque. Ce sont ensuite les réalisations de rue qui sont données à voir sur une impressionnante fresque de sérigraphies. Une technique qui avait été oubliée et qui a largement été plébiscitée par le mouvement, Mai 68 a contribué ainsi à la renaissance de la sérigraphie. Des affiches reprennent de célèbres slogans étudiants scandés contre le Général De Gaulle, Georges Pompidou, contre la police, contre les bourgeois et mettent en avant une jeunesse qui se sent en décalage avec le pouvoir en place et la société. La révolte estudiantine dénonçait globalement l’autorité du gouvernement, le capitalisme et soutenait l’évolution des moeurs. Elle a rapidement été suivie par des mouvements ouvriers pour devenir une grève généralisée à tout le pays et toutes les catégories socio-professionnelles.

 

Pour connaître les origines des manifestations françaises, le MIMA nous invite à poursuivre le parcours derrière un rideau militaire. Le visiteur découvre alors l’imagerie d’une autre révolte qui a précédé Mai 68 : les mouvements nord-américains qui s’opposaient à la guerre du Vietnam. C’est à cette occasion que la jeunesse américaine a largement épousé la cause pacifique prenant son élan pour des revendications sociétales : la libération des corps et des moeurs symbolisés encore une fois par des affiches très marquantes. Celles-ci se sont inspirées de l’esthétique des posters des groupes de musique psychédélique qui émergeaient alors au même moment. Enlisé dans une guerre à l’autre bout du monde, le pouvoir américain envoyait sa jeunesse se faire massacrer en sachant qu’il s’agissait d’un combat perdu d’avance tout en cadenassant le pays sur les avancées sociales. Une partie du peuple s’est alors soulevé dans des manifestations populaires et s’est encore une fois servi de l’estampillage urbain et des phrases chocs pour secouer l’opinion. Les auteurs des affiches font preuve d’une grande créativité, en détournant des symboles forts, leur accolant des phrases courtes et percutantes et utilisant une palette très vive.

 

La visite se poursuit par des affiches phosphorescentes et des représentations des révoltes en Amérique latine, en Afrique de l’Ouest, en Asie… Autant de mouvements qui ont suivi cette vague protestataire anti-guerre du Vietnam et Mai 68, accrochant le wagon de la libéralisation sociale. Une salle entière est consacrée à une installation qui date de 1971 : “Frappez les gradés” par l’artiste Julio Le Parc. Il s’agit de sacs de frappes utilisés dans les sports de combat pour l’entraînement mais qui vêtissent cette fois les traits de corps de métiers de pouvoir. Le public est par là invité à donner coups de pieds et de poings aux journalistes, policiers, directeurs, chanteurs… et se libérer de sa haine contre certaines professions. 

 

Avec “Get UP, Stand UP!”, le MIMA donne une résonance très actuelle à des mouvements contestataires d’il y a 50 ans. Si aujourd’hui les réseaux sociaux ont surplombé quelque peu l’affichage urbain sauvage et spontané de l’époque, la pratique de la désobéissance civile reste toujours d’actualité. Cette exposition chorale particulièrement fournie, bien pensée et documentée, est un véritable panorama de l’indignation populaire d’une époque, un focus sur quelques années qui ont changé le cours de l’histoire et une invitation à la révolte.

 

Informations pratiques

“Get Up, Stand UP”

Jusqu’au 30 septembre 2018

Au MIMA (Quai du Hainaut 39-41 - 1080 Bruxelles)

Plus d’informations sur le site du musée