"Gauguin, le faiseur de mythes": une rétrospective au Tate Modern à Londres

Intitulée « Gauguin, le faiseur de mythes », cette vaste rétrospective réunit peintures, aquarelles, dessins, céramiques, bois gravés, carnets d'esquisses, lettres illustrées, soit plus d'une centaine de pièces permettant aux visiteurs de se livrer à une relecture de l'oeuvre de l'artiste français mondialement connu pour ses toiles colorées de Pont-Aven et ses portraits de femmes tahitiennes. Ils pourront également découvrir les mythes et les fables autour desquels l'artiste, qualifié, avec son ami Vincent Van Gogh, de pionnier du post-impressionnisme, a construit son oeuvre.

Point d'orgue de cette manifestation: une salle entièrement consacrée à la personnalité de Paul Gauguin (1848-1903) et à ses autoportraits qui permettent
précisément d'appréhender les multiples facettes que l'artiste s'était créé, contribuant ainsi à façonner précisément son propre mythe.

Relevons, par exemple, cet autoportrait intitulé « Les Misérables » (1888) et que Gauguin avait offert à Vincent Van Gogh alors qu'ils se trouvaient à Arles. Il y a aussi l'autoportrait représentant Gauguin sous l'habit du Christ au Mont des Oliviers (1889) et cet autre avec Manau Tupapau, sa compagne polynésienne, réalisé en 1893.

Par ailleurs, si la rétrospective aborde toutes les périodes de création de l'artiste, une part importante est consacrée à sa période polynésienne. Des éléments sculptés de sa « Maison du jouir » sont également montrés au public de même que quelques-uns de ses plus fameux portraits comme, par exemple, celui de Teha'amana, réalisé en 1893, lorsque l'artiste vivait à Tahiti.

Né à Paris au sein d'une famille bourgeoise, Paul Gauguin avait, par sa mère, une ascendance hispano-péruvienne et noble tandis que sa famille paternelle était plutôt étiquetée « à gauche », son père travaillant pour le « National », l'organe du Parti radical. Ce dernier décédera au Pérou lors de l'un de ses multiples déplacements « pour fuir l'insécurité politique ». Paul reviendra à Paris six années plus tard. De cette enfance en « exil » en Amérique latine, il gardera toujours le goût du voyage et de l'exotisme.

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A 17 ans, il s'engage dans la Marine marchande et part pour Rio de Janeiro. Il se rendra également sur la tombe de son père. Puis, il se dirigera vers les îles polynésiennes. Il apprendra la mort de sa mère en 1867. Revenu à Paris, Gauguin trouve une situation professionnelle chez l'agent de change Bertin et il gardera cet emploi jusqu'au « krach » de 1882.

Ce sera chez un ami de la famille, Gustave Aroso, que Gauguin va être frappé du virus de la peinture. Aroso collectionnait notamment les oeuvres des
Impressionnistes et s'était porté acquéreur de toiles d'Eugène Delacroix. En 1874, Gauguin va rencontrer, toujours chez Gustave Aroso, Camille Pissarro qui va l'initier au paysage impressionniste et lui communiquer ses « secrets » en matière de composition picturale. C'est en 1886 qu'il va rencontrer Van Gogh.

En 1888, on le retrouve à Pont-Aven où il pratique le synthétisme et sera influencé par le peintre Emile Bernard et son courant symboliste. Puis, il rejoindra Van Gogh à Arles. Entre 1891 et 1893, il séjournera pour la première fois à Tahiti avant de rejoindre une dernière fois Pont-Aven. En juillet 1995, il repart pour Papeete avant de débarquer aux « Marquises » en 1901. Il y décédera deux ans plus tard. Gauguin a été inhumé dans ces îles enchanteresses, tout comme, quelques décennies plus tard, Jacques Brel qui, lui aussi, y avait trouvé une certaine sérénité.

L'exposition, accompagnée d'un catalogue élaboré par plusieurs spécialistes de l'oeuvre de Gauguin, dont la commissaire de la manifestation, Belinda Thomson, est accessible au public tous les jours de 10h00 à 18h00 avec une nocturne le vendredi et le samedi jusqu'à 22h00.

Informations: Tél: 0020 78 87 88 88 et www.tate.org.uk/modern.

Belga