Fragonard, de l'érotisme libertin aux prémices de l'amour romantique

Affiche de l'exposition "Fragonard amoureux. Galant et libertin" au Musée du Luxembourg, Paris (septembre 2015/janvier 2016)
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Affiche de l'exposition "Fragonard amoureux. Galant et libertin" au Musée du Luxembourg, Paris (septembre 2015/janvier 2016) - © Affiche de la Réunion des musées nationaux- Grand Palais, Paris 2015

Le nom de Jean-Honoré Fragonard est associé à ses toiles galantes, parfois licencieuses, souvent inspirées par la littérature. Une exposition au Musée du Luxembourg s'attache à montrer, au-delà des scènes libertines, comment ce peintre virtuose annonce une nouvelle vision de l'amour et de la femme.

Peintre libertin ?

Fragonard, peintre du libertinage par excellence ? Une image qui "ne repose que sur une poignée d'anecdotes et quelques dizaines d'oeuvres tout au plus", note l'une des grandes spécialistes de l'artiste, Marie-Anne Dupuy-Vachey. Ses toiles osées ne représenteraient que 10 à 20% de sa production. "Significatif mais pas énorme", souligne le commissaire de l'exposition, Guillaume Faroult, conservateur en chef au musée du Louvre.

Réputation

Le succès de la veine galante de sa production a nui à sa réputation. "Il a aussi abordé avec beaucoup de bonheur le paysage, les scènes de genre, le portrait", souligne Guillaume Faroult. Après avoir fait ses gammes auprès de François Boucher, Fragonard reçoit le Grand prix de l'Académie royale de peinture en 1752 et deux ans plus tard, un de ses toiles mythologiques est présentée à Louis XV. Il a toutes les qualités pour faire une carrière de peintre officiel. Mais "il fait le choix de s'adresser à une clientèle privée avec de petits tableaux", des "commandes de sujets amoureux destinées à une frange de l'élite très privilégiée".

Littérature

Le XVIIIe siècle est à la fois la grande époque du livre illustré et celle de la littérature érotique. Bien loin de ses célèbres "Fables", les "Contes" grivois de La Fontaine sont un des plus grands succès d'édition. Fragonard va illustrer plusieurs dizaines d'entre eux. Et il a très probablement lu l'un de ces "best-sellers" prohibés, "Thérèse philosophe" du marquis d'Argens.

Imagerie

A partir de 1765, il partage un atelier avec Pierre-Antoine Baudoin, dont les dessins libertins à la gouache font scandale. Il va influencer Fragonard qui, à sa mort, devient à son tour un expert des oeuvres "lascives". "L'heureux moment ou la Résistance inutile" ou "L'instant désiré" sont parmi les plus réussies de ces productions codifiées, dont les titres recèlent souvent des "allusions orgasmiques": "Les Pétards" ou "Les Jets d'eau".

"C'est le modèle par excellence de la peinture de boudoir, cet espace très privé, de repos, de lecture, mais aussi de plaisir intime qu'invente alors le XVIIIe siècle", explique Guillaume Faroult.

Des plis et des bichons

Soie froissée ou tenture de velours rouge : d'accessoire dans les premières toiles, le pli va devenir central dans l'oeuvre de Fragonard. "Il est partie prenante de la scène comme cache mais aussi comme caresse", note Guillaume Faroult.

Très présents aussi des bichons et autres épagneuls nains avec lesquels jouent lascivement les jeunes filles dénudées, comme dans "Le lever" ou "Le feu aux poudres".

Surprenant pour le spectateur du XXIe siècle, la jeunesse des protagonistes, aux visages quasiment enfantins.

Père tranquille

"De la vie amoureuse de Fragonard, on ne sait pas grand-chose. Il n'était pas du tout libertin et formait apparemment un couple aimant avec sa femme", souligne Guillaume Faroult. Une vie de père tranquille qui contraste avec la sensualité et l'énergie de ses toiles. "Je peindrais avec mon cul", aurait-il lancé. "Les débuts du modèle" (vers 1770) montre un peintre soulevant de son pinceau le jupon d'une très jeune femme...

Amour

"Fragonard accompagne son époque, la devance parfois, il prend en compte l'individualité, le plaisir féminin", met en avant Guillaume Faroult. "Il a de la sympathie pour l'émancipation féminine, notamment par le biais de la lecture."

"Bestial dans les premières toiles, le baiser devient ensuite la rencontre de deux affects au lieu de deux corps", ajoute-t-il.

"Le Verrou", l'un de ses dernières oeuvres libertines et sans doute la plus connue, est suivi de gravures où les amants surpris signent leur promesse de mariage. Les moeurs ont évolué, le libertinage a mangé son pain blanc...

L'expo sur le site du Musée du Luxembourg: http://museeduluxembourg.fr/actualite

 

("Fragonard amoureux, galant et libertin", du 16 septembre 2015 au 24 janvier 2016, Musée du Luxembourg, Paris)