Festival Photoreporter: Okinawa, un territoire japonais si loin du Japon

"Rhapsodie dans l'obscurité" par Kosuke Okahara
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"Rhapsodie dans l'obscurité" par Kosuke Okahara - © Courtesy of Kosuke OKAHARA

A Okinawa, sous des dehors de paradis tropical prisé des touristes, "la vie est rude": le photographe japonais Kosuke Okahara rend compte de cette réalité dans le cadre du festival Photoreporter, où sont présentés à Saint-Brieuc jusqu'au 5 novembre, 11 reportages inédits.

La vie à Koza, la capitale de l'île d'Okinawa, est "rude et crue, ce qui n'est pas nécessairement visible pour les étrangers", analyse le photographe, qui cherche à "comprendre la vraie vie d'Okinawa, au-delà des clichés".

Car, bien qu'il s'agisse d'un territoire japonais, "la mentalité à Okinawa n'est pas la même qu'au Japon", considère Kosuke Okahara dans un entretien avec l'AFP. "On est loin du Japon du XXIè siècle (...) les Okinawais n'ont jamais vécu dans une société stable, avec des perspectives d'avenir".

L'archipel de Ryukyu, auquel appartient Okinawa, s'étire au large de la Chine entre Kyûshû, la plus méridionale des quatre grandes îles composant le Japon, et Taïwan.

Ancien royaume aux liens forts avec l'empire chinois, annexé par le Japon en 1879, l'archipel a été, entre 1945 et 1972, occupé par l'armée américaine, qui y stationne toujours des milliers de soldats, suscitant régulièrement la colère des habitants en raison notamment de l'impunité dont ils jouissent.

"Dans son histoire, Okinawa a été continuellement violentée": c'est pour faire ressentir cette violence que Kosuke Okahara a choisi, pour présenter son exposition "Rhapsodie dans l'obscurité", de faire pénétrer le public dans un cube dont les parois sont recouvertes de ses photos juxtaposées les unes aux autres.

'Atmosphère oppressante'

La pénombre à l'intérieur du cube oblige à un effort pour saisir les détails de certaines photos. Par cette mise en scène, "je veux créer une ambiance, rendre la réalité de la vie là-bas, restituer cette atmosphère un peu oppressante", explique le photographe.

Portraits, scènes de vie ou de rues, moments intimes parfois: à travers ces "indices", le photographe cherche à explorer "la vie de tous ces gens qui partent à la dérive à cause de leur histoire" comme en témoignent "la pauvreté, la violence, l'alcoolisme...". Le tout, "dans une vraie humanité", dit-il.

Kosuke Okahara est l'un des 11 photographes italien, russe ou américain, dont les projets de reportage ont été retenus en début d'année par les jurés du festival Photoreporter, qui les a ensuite financés, ce qui fait sa spécificité.

Qu'il s'agisse de l'opposition à Donald Trump par l'Américain John Trotter, de l'accord avec la Turquie sur les migrants par l'Italien Alessandro Penso, du "Cachemire occupé" par le Belge Cédric Gerbehaye, ou encore des "Mythes des règles dans le monde" par l'Espagnole Laia Abril, chaque reportage exposé à Photoreporter est présenté pour la première fois.