Fair use – L'image dans l'image de Max Regenberg

Son style est plutôt qualifié de documentaire, l’homme photographie inlassablement et exclusivement, depuis la fin des années 70, des affiches grand format dans l’espace publique. Témoignant autant de l’évolution de nos paysages que de nos publicités, Max Regenberg nous propose une ligne de lecture alternant entre une fascination esthétisante et un sens critique.

 

La disposition de la salle d’exposition de la Fondation A accentue la sensation de huit clos avec ces images et c’est bien un de leurs paradoxes. Ces photographies dévoilent de grands espaces, tout en révélant leur part d’enfermement.

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Max Regenberg, Ohne Titel #1981, L.B. System Köln © Max Regenberg, Courtesy Galerie Thomas Zander, Cologne

Le cow-boy solitaire sur son cheval, emblème d’un célèbre cigarettier, promène indifféremment sa silhouette dans les villes, qu’en pleine campagne tandis que son slogan se décline en plus d’une langue. Pas si anecdotique et forcément témoin de son temps.

 

Max Regenberg parle de "constellations hasardeuses" entre architecture, contenu de l’affiche et contexte urbain. Son travail ne suit aucune règle, il capte l’image dans l’image telle qu’il la perçoit sur le moment. Dans l’instantané. L’on dit de lui qu’il est un des représentants les plus intéressants du style documentaire – dans la tradition du couple Bernd & Hilla Becher avec une différence de sujet - dressant un inventaire de nos paysages urbains. Certes, nous proposant toujours un point de vue. Max Regenberg est aussi collectionneur d’affiches publicitaires, reflétant sa fascination pour cet outil de séduction de masse.

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Max Regenberg, Ohne Titel – 1979, L.B. System Köln © Max Regenberg, Courtesy Galerie Thomas Zander, Cologne

L’accrochage de l’exposition rassemble sur un même mur, ce cow-boy sur son cheval ou pas, affiche posée au milieu de plaines enneigées -prolongement de sa thématique – ou ironiquement suspendue dans l’étroitesse d’un carrefour, en ville. Les photographies ont été prises au cours des nombreux voyages de Max Regenberg, en Allemagne, Belgique, France, au Canada ou aux Etats-Unis.

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Max Regenberg, Schmetterling # 1999, L.B. System, Düsseldorf © Max Regenberg, Courtesy Galerie Thomas Zander, Cologne

La publicité présentée nous est familière, son sujet aussi et pourtant, si anonyme. A la regarder ainsi, parfois perdue dans la photographie, partie intégrante de son environnement et parfois omniprésente, centre de toute l’attention, je m’étonne de ne sentir aucune trace de glamour pour une publicité créée pour nous faire rêver, nous donner envie.

Et là aussi l’aspect " instantané " s’accentue, devant cette attractivité si furtive laissant vite place à cette sensation d’être déjà dépassée par le temps. Interrogeant sur la pauvreté historique, de ce symbole déclaré de notre culture de l’image mais bien sûr de consommation. Ou peut-être que justement, est-ce là qu’il nous en raconte le plus.

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Fair us – L’image dans l’image de Max Regenberg © Tous droits réservés

La Fondation A est un petit espace, composé d’une salle – cocon- rassemblant l’ensemble de l’exposition. Profitez d’un des bancs de Georges Nelson et installez-vous.

Le travail de Max Regenberg n’a pas d’effet spectaculaire, pas de waouw appuyé devant ses images mais une réflexion douce, jamais esthétisante sur ce qui nous entoure sans que nous le regardions et cela n’empêche ni l’ironie ni parfois, une certaine cruauté.

 

Stéphanie Etienne

En pratique

L'exposition des photographies de Max Regenberg est visible à la Fondation A jusqu'au 6 juillet

l'adresse : Av. Van Volxemlaan 302/304 - B-1190 Bruxelles