"Etats d'âme" : les leurs, les nôtres

Il y a de la rigueur et du mystère dans cette combinaison de mots " états d’âme ". Autant l’un évoque un constat mesuré voire mesurable autant l’autre nous ouvre à l’inconnu, à l’idée d’une vaste étendue. Cette disposition des sentiments nous accompagne. Certains s’y plongent avec délice voire les explorent en continuation tandis que d’autres s’évertuent à les oublier, les masquer, les ignorer. Que vous fassiez partie d’un groupe plutôt que de l’autre, il n’empêche que nos états d’âmes nous constituent bien malgré nous.

Les quatre couples de collectionneurs - Chris et Lieven Declerck, Yannicke et Wilfried Cooreman, Colette et Jean-Pierre Ghysels, Myriam et Amaury de Solages – à l’origine de cet accrochage ont choisi parmi leurs œuvres, probablement celles qui représentaient plus l’état de leurs âmes, du moment. Ou pas, comment savoir.

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Thomas Lerooy - Listen to your heart (2007) © Courtesy of the artist and Galerie Rodolphe Janssen

C’est d’ailleurs peut-être ce qui rend plus complexe la lecture de cette exposition. État d’âme de l’artiste ou la lecture et le reflet de celui qui la choisit. D’autant qu’une fois encore, la scénographie de l’accrochage résulte de la vision des Solages, qui jamais ne mentionnent à qui appartiennent ces œuvres. Par contre, ils nous guident à nous immerger dans la thématique, par ces poésies choisies par Victor Ginsburgh, disposées dans chaque salon qui elles, nous font bien entrer dans nos propres états d’âme.

L’artiste Thomas Lerooy accompagne les collectionneurs par une sélection de pièces fortes, issues de son travail récent. Ou le bon et le mauvais, s’affrontent, se confrontent mais jamais ne s’équilibrent.

Parmi les œuvres et artistes à tracer le nuancier intense des états d’âme, à noter : John Kirby et sa toile Deep Water, Shilpa Gupta et ses photographies sonores poétiquement nommées " I have many dreams ", la très esthétique photographie de Peter Lindbergh et ces " vœux sous filet – le cœur " d’Annette Messager.

Mais c’est la série de photos de Nan Goldin qui m’a plongée au plus profond de mes états d’âme du jour. Gilles in hospital, Gilles' arm, Gotscho kissing Gilles. Trois photos, déjà vues il y a des années lors d’une rétrospective consacrée à l’artiste par le centre Georges Pompidou à Paris. Nan Goldin a cette particularité de chercher à tout prix à fixer les événements dans leur crudité, à vouloir conserver des traces de vies. Cela pourrait être dur, froid, emprunt de voyeurisme or c’est toujours tendre, paradoxalement tendre compte tenu des situations photographiées. Ces clichés parlent du SIDA, de mort, d’amour. La situation est cruelle, infiniment et les photos sont sans pathos. Elles illuminent la relation, le lien, le sentiment, l’humain, la vie. C’est horriblement triste et pourtant je vois qu’ils s’aiment, que Gilles a été heureux, qu’ils ont ri ensemble, ils se touchent encore. Je suis une femme hétéro et je suis émue par leur amour au-delà de la maladie, de ses stigmates, de nos différences sexuelles.

Parce que les états d’âmes, quels qu’ils soient, nous rapprochent.

 

 

Stéphanie Etienne

 

Infos pratiques

Etats d’âmes, Maison particulière, 49 rue du Châtelain, 1050 Bruxelles.

Jusqu’au 30 mars, du mardi au dimanche de 11 à 18h, le jeudi jusqu’à 19h30. Infos : 02.649.81.78