En pleine "Turbulences II"

C’était un mardi et le soleil inondait Bruxelles, déjà bien désertée par les juilletistes, quand je m’y suis rendue. La Villa Empain, nullement perdue au milieu des ambassades de l’avenue Roosevelt, est en soi, déjà tout un roman.

Œuvre de l’architecte Michel Polak et commandée par Louis Empain, sa construction se termine en 1935. Alliance inattendue entre un raffinement extrême des matériaux cher à l’art Déco et une simplification, sobriété de lignes bannissant toute ornementation superflue, proche du courant moderniste. Elle surprend le voisinage.

Tour à tour musée, ambassade, siège de RTL TVI pour être, finalement, tristement abandonnée. Elle ne retrouvera son éclat qu’après l’acquisition et la rénovation par la Fondation Boghossian.

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Turbulences II : Petroc Sesti © copyright : Petroc Sesti

Aborder en ce cadre, une exposition à la thématique agitée des " Turbulences " est finalement assez cohérent. Parce qu’elle est sans frontière, sans limite, la turbulence fascine l’artiste et en fait un terrain idéal à la création. Il y a dans ce mot tellement de notions à double interprétation : voyage, énergie, changement, mouvement, transformation, chaos, ordre ou désordre…

On se dit qu’après des turbulences, au moins, quelque chose doit arriver. C’est de l’ordre de la vie. Ce n’est pas forcément violent ni spectaculaire. Une révolution silencieuse peut aussi engendrer de grandes idées.

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Turbulences II : Elias Crespin © copyright : Elias Crespin

Telle l’œuvre d’Elias Crespin, œuvre en mouvement, silencieuse et énigmatique.  Ensemble de tiges, actionnées par de petits moteurs, dont la chorégraphie en apesanteur, hypnotise par sa douceur. Sensation de ralenti. L’œuvre de Petroc Selti semble elle aussi, inoffensive. On l’admire dés le seuil de la villa, dans la parfaite perspective vers la piscine, sorte de grosse " boule à neige ", épurée, posée telle une perle sur son socle. En son sein, un fluide, déformant l’image. On regarde à travers une réalité qui déjà, n’est plus. L’arbre graphique de Pascal Handressy semble l’antithèse de la turbulence, œuvre presque Zen. Entre branches réelles et virtuelles, trace réelle de l’une ou prolongation virtuelle de l’autre.

 

" Turbulences II " est proche de la vie de chacun – et comment - petites et grandes, nous nous engouffrons tous, un jour ou l’autre dans un mouvement dont ne sait trop vers où il nous emportera. Le processus est continu, inévitable, maitrisé ou pas. L’exposition dans son choix d’œuvres, son découpage de la thématique, apaise, émerveille et nous prépare à d’autres voyages. Le chaos pourrait amener de belles surprises.

 

Stéphanie Etienne

En pratique

Turbulences II - jusqu'au 1er septembre 2013

Fondation Boghossian / Villa Empain
Centre d’art et de dialogue entre les cultures d’Orient et d’Occident


Avenue Franklin Roosevelt, 67
 - 1050 Bruxelles

De 10h à 18h30 sauf le lundi


Prix: 10 €- 8€ tarif réduit