Des dessins au tableau, dans le secret des maîtres du Siècle d'or hollandais

Michiel van Musscher, "Le Peintre dans son atelier avec ses dessins"
Michiel van Musscher, "Le Peintre dans son atelier avec ses dessins" - © Courtesy of Historisch Museum Het Schielandhuis, Rotterdam

Scènes domestiques ou paysages... D'un réalisme affirmé, les tableaux du Siècle d'or hollandais (XVIIe) ont été souvent peints en atelier à partir de dessins préparatoires. La Fondation Custodia réunit pour la première fois à Paris esquisses, sanguines et peintures correspondantes.

"Cette exposition a une période d'incubation de trente ans", a expliqué Gerd Luijten, directeur de la fondation, soulignant la difficulté de retrouver, après quatre siècles de séparation, les dessins et les tableaux qui en sont issus.

"Il fallait avoir tel dessin du Ashmolean Museum à Oxford à côté d'un tableau conservé à Boulogne-sur-mer. Des dessins de la Pier Morgan Library à New York sont exposés avec le tableau venu d'Edimbourg", a souligné Gerd Luijten, commissaire de l'exposition avec Arthur K. Wheelock Jr, conservateur à la National Gallery à Washington, où elle a été présentée d'octobre 2016 à début janvier. 

"Du dessin au tableau au siècle de Rembrandt" (jusqu'au 7 mai) doit beaucoup à Peter Schatborn, ex-directeur du cabinet d'arts graphiques du Rijksmuseum, qui a lancé les recherches dès la fin des années 60. 

En confrontant 21 tableaux et une centaine de dessins, elle offre une immersion dans le processus de création des peintres hollandais, y compris des plus célèbres, tels Rembrandt, Jacob van Ruisdael, Adriaen van Ostade ou Willem van de Velde.  

Si les dessins préparatoires concernent tous les genres (marines, épisodes bibliques, paysages, scènes de rue, portraits...), ils se répartissent en deux grandes catégories, chacune avec de nombreuses variantes : les compositions d'ensemble, et l'étude de certains motifs (personnages, animaux, paysans).

Sans oublier les nombreux artistes confirmés qui préparaient leur composition directement sur la toile. Parfois visibles à l'oeil nu, ces dessins sont révélés par la réflectographie infrarouge. 

Dans un tableau inachevé de Gonzales Coques, "Portrait d'un homme recevant une lettre des mains d'un jeune garçon", les habits des personnages ne sont pas encore peints et leur contour apparaît sur un fond gris. Prêts à être mis en couleur, sans doute par un assistant.

Reproduite grandeur nature à l'entrée de l'exposition, une oeuvre de Michiel van Musscher , "Le Peintre dans son atelier avec ses dessins", montre bien que ceux-ci sont d'abord un outil de travail et souvent un répertoire de formes. L'artiste est représenté palette en main face à la toile, regardant des séries de dessins de navires étalés en désordre à ses pieds. 

Des personnages prêts à l'emploi

"Ces dessins n'étaient pas destinés à être vendus", souligne Gerd Luijten en désignant une "Vue de Kampen", par Hendrick Avercamp, constellée d'éclaboussures d'huile de lin.

Spécialiste des scènes d'hiver saisies d'après nature et peuplées de nombreux personnages, cet artiste dessinait aussi des modèles dans son atelier (un jeune élégant patinant, une jeune fille les mains sous son tablier...) et les intégrait ensuite dans plusieurs toiles.

La réutilisation des personnages était une technique fréquente. Dirck Hals, frère du célèbre Frans Hals, était un spécialiste: un homme fumant la pipe est dessiné à l'encre brune avec une variante de jambes, une fois avec des bottes, une autre avec des souliers plats. Les deux versions se retrouvent ensuite dans des tableaux différents.  

Parfois, le dessin préparatoire l'emporte sur le tableau comme les magnifiques  "Etudes de deux saules têtards" d'Abraham Bloemaert, destinées à une "Fuite en Egypte" assez convenue. Une superbe sanguine de Karel Dujardin, "Homme marchant vu de dos", devient une simple silhouette dans un "Paysage de montagnes".          

Simple esquisse parfois, certains dessins peuvent être très détaillés comme la vue préparatoire du "Panorama d'Amsterdam" de Jacob van Ruisdael où la ville est zébrée de deux trouées de soleil dans un ciel tourmenté. 

"Du dessin au tableau..." ouvre un brillant cycle consacré au "Siècle d'or" avec des expositions majeures au Louvre sur "Vermeer et les maîtres de la peinture de genre" (22 février - 22 mai) et les chefs-d'oeuvre de la collection Leiden (même dates). 

Installée tout près de l'Assemblée nationale, 121 rue de Lille, la Fondation Custodia est chargée de la gestion de la Collection Frits Lugt, rassemblant dessins, gravures, livres anciens, peintures et lettres d'artistes.