Des archives de l'agent double Kim Philby dévoilées à Moscou

Sous le sceau rouge "Top Secret", des pages jaunies tapées à la machine destinées au KGB racontent la Guerre froide, ses opérations secrètes, ses trahisons : une exposition à Moscou dévoile des archives inédites du plus célèbre agent double de l'âge d'or de l'espionnage.

Kim Philby était le plus efficace de ceux que les historiens ont appelé les "Cinq de Cambridge", cinq anciens étudiants de la prestigieuse université britannique recrutés par l'URSS dans les années 30 et qui ont travaillé pour Moscou pendant plusieurs décennies.

À travers des objets personnels, comme ces cigares offerts par le leader cubain Fidel Castro, mais aussi de précieuses notes dactylographiées tirées des archives du KGB, l'exposition "Kim Philby dans l'espionnage et dans la vie" raconte sa carrière d'agent double, qui dura jusqu'au 23 janvier 1963. Sur le point d'être arrêté par le MI6 britannique, il fuit alors Beyrouth en cargo et rejoint Moscou, où il vivra jusqu'à sa mort en 1988, à 76 ans.

En Russie, notamment au sein des services secrets, Kim Philby est toujours considéré comme un héros. C'est d'ailleurs Sergueï Narychkine, le directeur du service russe de renseignement extérieur (SVR), qui a inauguré l'exposition hébergée par la Société russe d'histoire jusqu'au 5 octobre.

Les historiens estiment que les renseignements transmis par Kim Philby à l'URSS ont provoqué la mort de plusieurs centaines d'agents travaillant derrière le rideau de fer pour les Britanniques et les Américains pendant la Guerre froide.

Deux autres des "Cinq de Cambridge", Guy Burgess et Donald MacLean, finirent leurs jours à Moscou. La trahison du quatrième, Anthony Blunt, un historien d'art réputé, fut révélée au public par Magaret Thatcher en 1979, provoquant un scandale en Angleterre. L'identité du cinquième ne fut en revanche jamais clairement définie. Mais pour Kim Philby, la réalité soviétique fut bien éloignée des idéaux qui l'avaient poussé à trahir la Grande-Bretagne, bien que l'exposition ne mentionne pas ses difficultés d'adaptation. Il ne maîtrisait pas le russe et souffrit souvent de mélancolie en Union soviétique.