Décès de l'homme d'affaires et mécène Pierre Bergé, ex-compagnon d'Yves Saint Laurent

Pierre Bergé
Pierre Bergé - © STEPHANE DE SAKUTIN - AFP

L'homme d'affaires et mécène français Pierre Bergé, ancien compagnon d'Yves Saint Laurent, est décédé vendredi à 86 ans des suites d'une "longue maladie", a annoncé la Fondation Pierre Bergé - Yves Saint Laurent.

"La Fondation Pierre Bergé - Yves Saint Laurent, Paris et la Fondation Jardin Majorelle, Marrakech ont l'immense tristesse d'annoncer le décès de leur Président-fondateur Pierre Bergé, survenu vendredi 8 septembre 2017 à 05h39, à son domicile à Saint-Rémy-de-Provence", dans le sud-est de la France, selon un communiqué transmis à l'AFP.

Cofondateur et dirigeant pendant 40 ans de la maison de couture Yves Saint Laurent, président du conseil de surveillance du groupe de presse Le Monde, militant de la cause gay et fervent soutien de l'ancien président socialiste français François Mitterrand, Pierre Bergé était atteint de myopathie.

L'ancien ministre de la Culture Jack Lang a rendu hommage à "un ami merveilleux". "Fabuleux mécène, philanthrope, esthète insatiable, génial entrepreneur, homme de culture et de toutes les passions, Pierre Bergé était tout cela à la fois, mais plus encore, il incarnait un humaniste qui plaçait la destinée des hommes au-dessus de toutes les autres valeurs", déclare-t-il dans un communiqué.

Pierre Bergé s'était marié en mars 2017 avec le paysagiste américain Madison Cox, 58 ans, vice-président de la Fondation Bergé-Saint Laurent. Il disparaît quelques semaines avant l'inauguration de deux musées dédiés à l'oeuvre de son ancien compagnon Yves Saint Laurent, l'un à Paris et l'autre à Marrakech, au Maroc.

Pierre Bergé, un des plus grands collectionneurs de son temps

En février 2009, quand Pierre Bergé décida de mettre à l'encan les œuvres d'art et objets rassemblés patiemment avec son compagnon Yves Saint Laurent, il fut question de "vente du siècle". Thème galvaudé alors que le siècle avait neuf ans? Certainement pas au regard des chefs-d'œuvre dispersés.

Mécène, homme d'affaires avisé, Pierre Bergé a été tout cela mais il restera aussi comme l'un des plus grands collectionneurs de son temps.

"Pierre Bergé est un peu un collectionneur de rêve pour un marchand. Il est ardent, enthousiaste, curieux et formidablement ouvert", s'enthousiasme Benoît Forgeot, un des plus grands libraires experts parisiens, interrogé récemment par l'AFP.

Les œuvres d'art et objets de la "vente du siècle", qui a rapporté 373 millions d'euros, témoignaient avant tout de cinquante années de complicité et de passion commune entre Pierre Bergé et Yves Saint Laurent dans la recherche du beau.

Les deux hommes, racontait à l'AFP le commissaire-priseur Antoine Godeau, par ailleurs vice-président de la maison de ventes Pierre Bergé & Associés, aimaient chiner chez les "princes des antiquaires", Nicolas et Alexis Kugel, deux frères représentant la cinquième génération d'antiquaires de la famille. Pour la peinture, Bergé et Saint Laurent se fournissaient d'abord chez le marchand d'art Alain Tarica. Concernant les livres, Pierre Bergé "voyait un peu tout le monde", dit Benoît Forgeot.

Parmi les oeuvres dispersées des Goya, Picasso, Brancusi...

En décembre 2015, à la veille de la première vente de sa fabuleuse bibliothèque, riche de quelque 1.600 ouvrages, Pierre Bergé racontait à l'AFP comment il avait acquis "Nadja", le chef-d'œuvre d'André Breton (finalement cédé à la BnF pour deux millions d'euros).

"Quand je l'ai acquis, à Londres, il y a des années, j'avais l'impression d'avoir un morceau de la Croix", avait-il confié.

'Des trucs formidables'

Ce qui caractérise les collections de Pierre Bergé, c'est d'abord leur éclectisme, dit Benoît Forgeot, notant que "ses moyens lui ont permis d'acquérir des trucs formidables".

Pas moins de cinq catalogues pour un poids total de 10 kilos avaient été nécessaires pour présenter tous les lots de la "vente du siècle".

En octobre 2015, Pierre Bergé a décidé de se séparer de sa collection d'art islamique rassemblée dans la propriété du couple à Marrakech.

"Dès notre arrivée au Maroc, Yves Saint Laurent et moi avons été fascinés par l'art islamique et nous avons décidé de le collectionner", confiait Pierre Bergé au moment de cette vente.

Peu après cette vente, Bergé a commencé la dispersion de sa bibliothèque. Au total, six ventes, dont trois ont déjà eu lieu, étaient prévues d'ici 2018 tant le fonds est riche.

"Il est venu à la collection par la lecture, par l'amour du texte", témoigne Benoît Forgeot. "Ce n'est pas la bibliothèque d'un notaire, ce n'est pas une bibliothèque-statue, c'est une bibliothèque d'amoureux de la littérature", insiste-t-il.

Son ami Antoine Godeau confirme que "Pierre Bergé est quelqu'un qui lisait beaucoup".

Libraire-expert et bibliothécaire attitré de Pierre Bergé, Michel Scognamillo, interrogé par l'AFP, se souvient qu'à l'origine, la bibliothèque du mécène rassemblait "ses auteurs préférés, soit Gide, Flaubert, Stendhal...".

"Puis, petit à petit, cette bibliothèque s'est développée en approfondissant les thèmes qui étaient déjà contenus sur les rayons. Flaubert a pris une importance encore plus grande, Stendhal s'est agrandi, Gide s'est approfondi." Elle s'est aussi ouverte aux auteurs étrangers et aux philosophes.

La bibliothèque de Pierre Bergé témoigne de ses goûts littéraires mais aussi de ses souvenirs de lecture de jeunesse.

Contrairement aux œuvres d'art, toujours choisies avec Yves Saint Laurent, les livres, c'était "sa collection à lui seul", dit Michel Scognamillo.

Sa bibliothèque révèle aussi ses dégoûts. Ainsi, pas d'œuvres d'Albert Camus. "Il ne le considère pas comme un écrivain", tranche Benoît Forgeot, qui ajoute que Pierre Bergé n'aimait pas "la littérature militante homosexuelle".

Antoine Godeau confiait qu'il possédait encore "une grande collection de vanités du XVIe au XVIIIe siècle".