Collectionner, singulièrement.

Des oeuvres de Jean-Luc Moerman et Aaron Curry
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Des oeuvres de Jean-Luc Moerman et Aaron Curry - © Maison Particulière

Maison particulière est une association sans but lucratif si ce n’est celui du partage de la passion de l’art. Myriam et Amaury de Solages ont inauguré leur huitième accrochage, maintenant cet état d’esprit mais l’orientant du point de vue, de jeunes – moins de 40 ans – collectionneurs. Que, comment et pourquoi collectionnent-ils ?

Maison particulière n’a pas changé son code de conduite. Admirer des œuvres comme à la maison, pas de légende indiquant le nom de l’artiste, il vous faudra consulter le petit livret distribué à l’entrée pour vous y retrouver, suivant le plan dessiné de la maison et vous asseoir dans chaque salon, feuilleter la documentation mise à votre disposition, sur les tables basses, pour en savoir plus. Sur les collectionneurs, sur les artistes. 

Sept collectionneurs dont deux couples : Chiara et Steve Rosenblum, Pascaline Smets, Bieke et Tanguy Clerinx - Van Quickenborne, Ronald Rozenbaum et enfin, Joris Beernaert ont prêté leurs œuvres et ont découvert en même temps que nous, l’accrochage effectué par les maîtres du lieu. Qui ne cachent pas s’être bien amusés à les rassembler, tenter des combinaisons et s’interroger quant à leur propre façon de collectionner.

 

Parce qu’ils les trouvent presque plus " collectionneurs " qu’eux-mêmes, dans leur démarche. Tous les 7 expriment leur besoin, leur envie de suivre, connaître l’artiste. Etre dans la proximité. Et si la majorité des artistes collectionnés sont de leur génération, ce n’est pas que pour une question de budget – qui joue son rôle indéniablement - mais bien parce qu’ils aiment l’idée d’accompagnement.

Ronald Rozenbaum n’a acquis sa première pièce qu’il y a trois ans. Il a été pendant très longtemps, juste heureux de contempler les œuvres dans les musées, se déclarant " empli de joie par leur seule vision". Jusqu’au passage à l’acte et là, très vite, la quête devient addictive. Comme tous les autres collectionneurs, il court les capitales passant de galeries en galeries, ne négligeant aucune grande foire pour assouvir cette passion.

Parmi ses œuvres favorites : un multiple de John Baldessari (1931, USA), un ensemble de photographies de 1973, et le "False God", un squelette animalier en bronze de Sherrie Levine (1947, USA). On pense trouver une continuité dans sa collection – voire comprendre une certaine cohérence - ne pas s’étonner d’y trouver des dessins d’Harold Ancart ( 1978, USA) et puis, être surpris devant 2 panneaux d’Alex Israel (1982, USA) , dégradé de couleurs plutôt vives, peinture imaginée comme faire-valoir et non pour sa représentation elle-même. Ronald Rozenbaum nous explique avoir acquis cette œuvre sans l’avoir vue au préalable. S’être demandé comment l’intégrer chez lui, avoir été dérangé par sa dimension et s’en être réjoui.

Le couple Bieke et Tanguy Clerinx - Van Quickenborne ne procède pas différemment. Parents de 2 jeunes enfants, il cohabitent avec des oeuvres souvent radicales telles ces " Buttered Rolls " de Darren Bader (1978, USA). Normalement installée dans leur cuisine, cette œuvre est un ensemble de 3 socles de bois sur lesquels sont posés 3 petits pains beurrés. 

Du genre dont " ce qu’on en dit ", représente plus que " ce qu’on en voit ". En l’acquérant, les propriétaires s’engagent  à remplacer les petits pains à rythme régulier, créant une interdépendance entre l’œuvre, l’artiste et les propriétaires. Ne pas respecter cette contrainte lui enlève sa signification. Le couple se déclare toujours attiré par une certaine esthétique. Jamais anecdotique.

Le benjamin de la bande, Joris Beernaert n’a que 29 ans et a financé ses premiers achats en art, avec des jobs d’étudiant.  Obligé à être sélectif, il se dirige lui-aussi vers de jeunes artistes. Chacun d’eux passe par des galeries. Soulignant l’importance de leur rôle voire plus. Le couple Clerinx - Van Quickenborne se souvient de la première fois où ils ont pu acquérir une œuvre dans une galerie. Du sentiment d’admission et de reconnaissance comme collectionneur.

 

Au-delà de prêter leurs œuvres, ce groupe a également choisi l’artiste invité : Fabrice Samyn. Jeune lui aussi, revendiquant un fort intérêt pour l’art historique et inscrivant son travail dans " l’actuel ", s’exprimant sur plusieurs supports.  Dans sa célébration du présent, il s’interroge et tente d’aborder l’image dans les 2 versants de sa potentialité. Celle de nous figer ou de nous libérer.

 

Les de Soulages – hormis pour les pièces du couple Rosenblum – ont délibérément choisi de n’attacher aucune œuvre à son propriétaire. Privilégiant la vue d’ensemble, les artistes, les œuvres, au parcours individuel. C’est un choix. Et leur sélection se focalisant souvent sur de jeunes artistes, présents essentiellement en galeries et encore confidentiels, cet accrochage nous permet d’emboiter leur pas vers des chemins moins évidents de l’art. De découvrir et qui sait, où cela nous portera.

 

Stéphanie Etienne

En pratique

Jeunes collectionneurs. 70 œuvres d’artistes contemporains. Maison particulière, 49 rue du Châtelain, 1050 Bruxelles. Mardi et du jeudi au dimanche de 11h à 18h,